I Love You Phillip
Morris by Vincent
De Glenn Ficarra, John Requa
Avec Jim Carrey, Ewan McGregor, Leslie Mann
I Love You Phillip Morris raconte l’histoire vraie de Steven Russell, ex-flic, ex-mari, ex-arnaqueur aux assurances, ex-prisonnier modèle et éternel amant du codétenu Phillip Morris. Cet homme incroyable est prêt à tout pour ne jamais être séparé de l’homme de sa vie. Ce qui le pousse à s’évader de prison un nombre incalculable de fois. Jusqu’où peut aller l’amour ? Très loin si on en croit l’histoire incroyable de Steven Russell, un génie de l’évasion rattrapé par son romantisme.
Drôle, émouvant et sensationnel. C’est tout ce qu’il y a à retenir de ce film incroyable qui adapte à l’écran la vie du véritable Steven Russell, un homme doté d’un QI de 169, et qui purge encore une peine de 144 années de prison, en demeurant 23 heures par jour dans sa cellule. Et pour incarner cet homme extraordinaire, les réalisateurs ont fait appel à un acteur extraordinaire : Jim Carrey, qui décidemment épate de plus en plus en diversifiant ses rôles à volonté. Je sais que certain le trouvent grossier, voire lourd selon les films (c’est vrai qu’il a participé à quelques navets…), mais laissez-moi vous dire que ce n’est absolument pas le cas dans I Love You Phillip Morris. Le film reste principalement axé sur l’humour des situations que le personnage de Steven Russell rencontre tout au long du film, avec sa sexualité et avec son compagnon : Phillip Morris. Ce dernier est incarné par Ewan McGregor qui se révèle être un des acteurs hollywoodiens les plus actifs du moment. D’un côté, Jim Carrey représente la folie, l’extravagance et la volonté ; de l’autre, McGregor incarne l’amour, la fragilité et la passion. Un deuxième aspect du film, qui a sans doute permis son succès, est le thème de l’homosexualité, qui, pour une fois, est relégué au second plan. Cela permet aux réalisateurs de se centrer plus sur une histoire passionnelle entre deux être plutôt que de mettre en avant une lutte introspective quant à la condition des homosexuels dans le milieu carcéral. Une double-casquette qui permet au film de se rendre accessible à (presque) tous.
Du côté de la réalisation et de la mise en scène, le travail est épatant. Glenn Ficarra et John Requa, bien qu’ayant peut de films à leur actif, semble maîtriser leur sujet de bout en bout. Ajoutez à cela des décors et des costumes en adéquation totale avec la passion dégagée par le scénario et la réalisation. Et en plus, les français sont à l’honneur, puisque le film est financé par Luc Besson (producteur délégué sur le film), via Europacorp, sans qui le film n’aurait jamais vu le jour (faute aux refus essuyés par les réalisateurs auprès des financiers américains, réticents à l’idée d’un film sur des homosexuels).
En bref, il faut impérativement voir ce film drôle et touchant qu’est I Love You Phillip Morris. Une valeur sûre de la comédie.
Anvil by Rémi
De Sacha Gervasi
Avec Steve Kudlow, Robb Reiner, Kevin Goocher
Je vais être franc avec vous : je ne suis pas un metalleux. Même pendant ma période capillaire douteuse et mon époque jean baggy, je n’ai jamais fait parti de la fascinante tribu des chevelus hocheurs de tête. En ce qui concerne le genre musical, c’est un peu pareil, puisque si je n’y suis pas réfractaire, je dois bien admettre ne pas me diriger naturellement vers le metal, sauf avec des groupes qui le possèdent comme une facette parmi leurs nombreuses influences (Tenacious D et surtout Led Zeppelin, ces derniers étant plus à l’origine du genre que l’inverse). Et bien malgré tout cela, j’étais impatient de voir Anvil, d’une part à cause des bons papiers qu’il récolte dans toute la presse mais aussi et surtout pour son sujet, à savoir la passion jusqu’au bout, jusqu’à l’absurde, en l’occurrence ici croire que l’on va percer dans le milieu musical 30 ans après ses débuts.
Si cette dernière phrase peut faire transparaitre une certaine forme d’immodestie et de pathos, le film de Sacha Gervasi nous montre tout le contraire, soit deux mecs, deux amis, deux frères jusqu’à la mort qui ne vivent que pour leur musique et qui attendent depuis 30 ans, faute de mieux, une reconnaissance méritée tant de leur talent que de leur statut de pionniers du heavy metal. Steve Kudlow, alias Lips, véritable bête de scène qui avait par exemple, volé la vedette à John Bon Jovi entre autres lors d’un festival rock au Japon dans les années 80, chanteur et guitariste exceptionnel dans son maniement de l’instrument puisque capable de troquer son médiator pour un godemichet qu’il brandit furieusement dans sa tenue sado-maso, est aussi livreur pour les cantines scolaire de la ville de Toronto. S’il a rangé sa panoplie SM, ce n’est pas le cas en ce qui concerne sa longue chevelure (désormais menacée par la calvitie) et son besoin de faire du metal en compagnie de son pote de toujours. Ce frère, c’est Robb Reiner, peintre amateur et batteur hors-normes puisque adoubé et reconnu par Slash lui-même comme meilleur batteur de rock à l’époque où Anvil débutait et qui laissait ainsi présager un avenir radieux pour le groupe canadien. Seulement voilà, si les trois premiers albums se vendent à peu près (en particulier Metal On Metal, album qui tire son nom de la chanson phare du groupe, véritable standard du genre), les neuf suivants sortent dans un anonymat quasi-total, tout comme le groupe qui passe des énormes festivals aux petites prestations dans les caves de l’Ontario. Voilà, après ce prologue, on retrouve nos deux compères pour le 50ème anniversaire de Lips avec un petit concert improvisé où l’on découvre les deux seuls fans du groupe (qui eux aussi ont 50 ans et de belles têtes de vainqueurs), pour finalement les suivre dans une tournée européenne de folie puisqu’elle a été organisée n’importe comment par une italienne, groupie qui va réaliser son rêve, c'est-à-dire se taper le guitariste. On découvre donc de vrais natures, des gens humbles, passionnés et drôle. On rit en effet pas mal, surtout avec Lips, sorte d’Al Bundy qui aurait troqué ses chaussures pour des guitares électriques, on pleure aussi en côtoyant ses deux héros au travers de leur vie mouvementée, presque uniquement constituée de galères qui s’enchainent, galères qui n’entament que rarement le moral des troupes.
Le film tient donc principalement par les personnages qu’il présente, mais il faut tout de même noter quelques qualités de mises en scène, puisque qu’après avoir été fan et assistant du groupe lors d’une tournée, Sacha Gervasi s’est intéressé au cinéma. Après des cours à l’UCLA Film School, il écrira le scénario du Terminal de Spielberg. Si son premier film n’est pas vraiment surprenant ou expérimental et n’offre pas une esthétique léchée, certains petits moments méritent tout de même le détour, en particulier le retour de nos compères au Japon avec un moment de calme et de méditation dans un jardin nippon, en contraste absolu avec tout le reste du film puisque sans gros son mais aussi avec des mouvements de caméra aériens et rapides. Mais il faut bien avouer que si le réalisateur ne dessert évidemment pas son sujet, le sujet (ou plutôt les sujets) sont tellement exceptionnels qu’ils prennent le pas sur tout le reste, qu’il écrase le film de leur masse capillaire et de leur présence hors du commun.
Le cinéma documentaire a principalement vocation à nous faire découvrir des univers qui nous sont exotiques, et Anvil rempli en ce sens parfaitement son office chez moi. Rien que cela aurait put être suffisant, mais voilà, en s’intéressant à des rockeurs aussi peu communs, Sacha Gervasi a choisi des protagonistes extrêmement attachants et qu’il a suivi en se laissant porter pour au final livrer sans aucun doute un des meilleurs documentaires de l’année et surtout une des plus belles vengeances à la fatalité en remettant sur le devant de la scène un groupe qui vous donne envie d’aménager votre garage en studio musical.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander







