Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /2010 17:00

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            L’académie des Césars a rendu son verdict samedi dernier et vous aurez surement remarqué que contrairement à l’année dernière, l’équipe n’a pas souhaité se frotter à nouveau au jeu des pronostics tant ils furent peu prophétiques l’an passé. Et pourtant, il ne fallait vraiment pas être médium pour deviner qu’Un prophète allait être largement plébiscité. Seulement voilà, une question demeure dans mon esprit fâcheux et polémiste : le dernier film de Jacques Audiard a-t-il opérée cette razzia méritée de statuettes parce qu’il est un véritable chef d’œuvre ou simplement parce qu’il est un peu au-dessus de l’intégralité de la navrante production cinématographique française. Vous aurez compris que c’est bien la deuxième solution qui à la faveur de ma réflexion et si nous allons aujourd’hui parler d’Un prophète, rattrapant ainsi au passage la deuxième absence estivale et radiophonique de l’émission (un article étant en effet paru sur le blog lors de sa sortie), se serra avant tout pour montrer que le film est à mon sens loin d’être exempt de défauts, ce qui ne l’empêche pas d’être néanmoins un bon film.

 

            Commençons donc par les points positifs et en particulier le plus évident, les acteurs. Désormais doublement césarisé (meilleur espoir et meilleur acteur), Tahar Rahim semble avoir déjà céder aux suppliques de l’étranger. Attention tout de même de ne pas trop s’emballer puisque même si le jeune homme campe parfaitement ce personnage ambigu dont la naïveté s’affiche en permanence, le rôle reste quand même un peu monolithique et seul l’avenir nous dira la capacité de Tahar à évoluer et passer au niveau supérieur. A l’inverse, Niels Arestrup ne laisse aucun doute sur son avenir, il va continuer à faire les plus beaux jours du cinéma français pour encore quelques années, années qui seront pour sûr remplies d’interprétations tourbillonnantes tant le grand bonhomme est capable de sauter d’une émotion à son parfait antipode en un quart de seconde tout en restant vrai. Autant dire qu’il est a mon sens celui qui n’a vraiment pas volé son César, ou plutôt qui le méritait le plus. Le reste du casting est cohérent dans cette lignée qualitative, en particulier Reda Kateb dont le personnage nature fait véritablement du bien. Puisque j’ai rapidement les rôles de chacun, il est naturel de s’attacher au scénario, lui aussi récompensé et à juste titre puisque c’est surement sur ce point que j’aurais le moins de réserve à émettre. Traitant de l’univers carcéral avec justesse (il me semble), le film évite tout manichéisme et surtout l’archétype du caïd de quartier pour préférer une lutte intestine et sous-jacente entre clans qui ne sont finalement pas si différents. Seulement voilà, le parti pris du scénario et du film, s’il est parfaitement traité, n’est pas forcément la chose la plus admissible. Pour être clair, le film pose une règle simple : dans un univers clos, un microcosme régi par le communautarisme, devenir maître de son destin s’est aussi et surtout se destiner à devenir maître. Sans parler d’amoralité, et même si c’était le cas ce serait toujours mieux que les discours moralisateurs d’à peu près toutes les autres productions, cette vision fluctuante est par nature condamnée à ne pas satisfaire tout le monde (notamment dans le fait de montrer l’incapacité des deux côtés des barreaux à penser et réussir la réinsertion). Et fatalement l’on en arrive donc à la réalisation et le travail de Jacques Audiard. Je confesse tout de suite, monsieur Audiard n’est pas spécialement ma tasse de thé et si je lui reconnais un véritable talent de metteur en scène, je trouve généralement cette réalisation assez ennuyeuse. Pour être tout à fait précis, je n’arrive jamais à être totalement pris par un Audiard, la désagréable sensation d’ennui restant en permanence tapis dans l’ombre et surgissant à la moindre baisse de régime. Malheureusement, Un prophète ne fait pas exception à la règle. Filmant l’univers carcéral avec force et talent (sans jamais dépasser néanmoins le travail de Steve McQueen dans Hunger), Jacques Audiard ne le rend jamais étouffant, suffoquant, ce qui ne l’empêche pas pourtant d’intercaler des petites respirations. Si certaines sont salutaires car reposant sur la réalité parfois clémente à l’intérieur de la prison, chaque plongée dans l’onirisme et le fantastique transforme la bouffée d’air pur en bouffée d’hélium. Tout devient ainsi suraigu, presque faux à mesure que ces fantaisies se reproduisent, de plus en plus longues et poussives. Jacques Audiard réalise donc un film trop long sans pouvoir véritablement faire autrement, la nécessité d’une histoire, d’une narration devenant ainsi un possible surplus à un univers suffisamment profond et puissant pour se soutenir de lui-même.

 

            Avant de me retrouver sous le feu des critiques et des adorateurs du film et du cinéaste, je conclurais juste par dire que sans être un mauvais film (il en est même très loin), Un prophète montre avec force la plaie qui ronge un cinéma français de ce fait moribond, à savoir la catégorisation. Vous êtes vous déjà demander à quoi ressemblerait le palmarès des Césars si par exemple Jacques Audiard, Abdelatif Kechiche et Martin Provost sortaient chacun un film la même année ? Une dizaine de Césars ex-æquo peut-être. Le cinéma français est donc pourri par un establishment qui voue une vénération à un nombre limité de personnes et ne laisse aucune chances aux autres. Et quand Dany Boon se trompe de sujet en réclamant un César du public ou de la comédie, il pose en revanche la vraie question de cette oligarchie toute puissante qui façonne le cinéma français en tirant seulement quelques uns vers le haut pour mieux laisser les autres s’enfoncer. Pendant ce temps là… 59ème, c’est parti générique. Ah non, c’est vrai, j’ai bien donné mon petit coup de gueule mais ce n’était pas l’éditorial. C’était juste un plus, pour vous à qui je ne peux rien cacher. Mais j’entends déjà le chant du cygne, les contradicteurs m’entourent, fusil à l’épaule. Allez-y messieurs, je vous attends. Feu.
Par Rémi - Publié dans : La nouvelle séance de M. Rémi - Communauté : Cinéma, Cinémaaa
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Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /2010 16:56
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            Une revue de presse en forme de bilan ce mois-ci, déjà du fait que nous sommes fin février mais surtout car les bilans de l’année 2009 ne sont toujours pas terminés pour la plupart de nos confrères de la presse spécialisée. Vous vous dites peut-être, que vous soyez un auditeur averti ou bien un habitué de l’émission, que j’exagère de nous comparer voir même de nous intégrer dans cette communauté professionnelle. Mais voilà, j’ai découvert ce mois le magazine L’écran fantastique et durant la lecture de cette publication, j’ai soudainement, et de manière totalement inopinée, vu Pendant Ce Temps Là… sous un œil nouveau. J’ai en effet découvert que nous étions encore plus professionnels que les professionnels tout en restant parfaitement désintéressés car délivrant gratuitement une pensée et une quantité supérieure à ce que l’on peut trouver dans le commerce pour 5,50 €. Mais revenons plutôt au reste de ma sélection mensuelle, qui se compose de Studio CinéLive ainsi que des Cahiers du cinéma. Je peux tout de suite vous annoncer que la révolution est en marche, puisque si d’un côté, après seulement un an d’existence, le délitement progressif que la fusion n’avait fait que camoufler est désormais clairement visible chez nos amis de Studio CinéLive qui ne peuvent donc plus rien cacher de leur vacuité et du néant qui rempli leur magazine, l’autre côté voit une prophétie s’accomplir. En effet, Michel Ciment, grand prêtre devant l’éternel cinématographique, nous avait mis le siphonaptère à l’oreille (plus communément dénommé puce) le mois dernier avec un éditorial dans lequel il révélait qu’un changement était en train de s’opérer au sein de l’éminence poussiéreuse. Changement il y a eu, et majeur qui plus est, puisque l’ère Jean-Michel Frodon est désormais définitivement révolue, ce dernier ayant été remplacé par Stéphane Delorme à la tête du comité de rédaction des Cahiers du cinéma. Et croyez-moi, ça fait du bien.

 

Un numéro des Cahiers du cinéma quasi exclusivement consacré à Eric Rohmer, ce dernier ayant été rédacteur du magazine de 1957 à 1963 (année de son éviction à la tête de la revue par Rivette), avec notamment l’édito de Delorme, intitulé Rohmermania est dont l’exhaustivité malgré sa relative petitesse donne le ton à un dossier retraçant la carrière d’un cinéaste d’avant-garde toujours resté à l’arrière-plan de la notoriété. Le dit dossier débute ainsi par deux papiers sur ce qu’était le cinéma d’Eric Rohmer et ce que cela signifie d’être rohmerien, puis la suite se constitue de très nombreux et très courts entretiens avec ceux qui ont participé à l’entreprise rohmerienne (dans ce que le terme à de plus noble et de plus délicat), de Claude Chabrol à Barbet Schroeder en passant par Arielle Dombasle, Fabrice Luchini, Françoise Etchegaray, Lisa Hérédia et j’en passe. Le dossier se conclue par un entretien inédit avec le défunt, ce dernier revenant alors sur son écrit le plus célèbre, Le celluloïd et le marbre, série d’articles parut en 1955 où Rohmer livre ses considérations esthétiques sur l’art en général et la modernité chez celui-ci. Le reste du magazine retombe dans des données plus classiques, à savoir un cahier critique écourté tout comme le journal, qui livre tout de même son lot d’actualités franchement intéressante, à l’inverse de quasiment tout le reste de la profession. Ce journal débute par le top 10 de la décennie pour les lecteurs des Cahiers, celui-ci complétant parfaitement le classement de la rédaction parut le mois dernier, ce dernier qui avait parfois laissé de côté des réalisateurs et des films qui méritaient sans doute mieux (en particulier James Gray et Jia Zhang-Ke). Il n’en reste pas moins que deux films ont totalement écrasé la concurrence, que ce soit d’un côté ou de l’autre, à savoir Elephant de Gus Van Sant et dans une mesure encore plus importante Mulholland Drive, leader incontesté et à mon sens incontestable. Ce journal sera également l’occasion d’en apprendre un peu plus sur le prochain Jerzy Skolimowski, The Essence Of Killing avec Vincent Gallo ainsi que le futur Cronenberg, The Talking Cure, adapté d’une pièce de théâtre avec un Christoph Waltz auréolé de son prix d’interprétation cannois dans la peau de Sigmund Freud et qui donnera la réplique à Michael Fassbender et Keira Knightley. Enfin, le magazine conclut son 653ème numéro avec un triptyque concernant son film du mois, en l’occurrence Fantastic Mr. Fox de Wes Anderson. Après la critique, on trouve donc un entretien avec le réalisateur puis quelques clichés de production commentés par le réalisateur de l’animation.

 

Seulement voilà, si le film de Wes Anderson truste la première place chez nos désormais amis des Cahiers du cinéma (et je vous expliquerai plus tard qu’on ne peut que leur donner raison), c’est un tout autre personnage qui tire la couverture à lui dans le reste de la presse spécialisée. En effet, le tourbillonnant Sherlock Holmes de Guy Ritchie se tape l’affiche sur deux des trois couvertures (le 306ème numéro de L’écran fantastique pouvant être également acquis avec une couverture à l’effigie de Wolfman), démontrant une fois encore la tradition populiste bien ancrée dans les esprits qui consiste à mettre en avant le film déjà vainqueur de la bataille médiatique plutôt que de chercher à rééquilibrer les forces. Mais passons, et tout d’abord à Studio CinéLive qui ce mois-ci ressemble à si méprendre à Première, ne serait-ce que pour l’exceptionnelle qualité de ces titres. On commence en couverture avec un magnifique « Quoi de neuf docteur Watson ? », phrase néanmoins relayé au rang passable par le chef d’œuvre du mois qui ouvre le sujet à l’acteur partenaire de Robert Downey Jr., « Jude au fil de Law ». Si ça ce n’est pas du grand journalisme. Je vous passe sur absolument tout le reste tant il est insipide, du portfolio des Césars 2010 à l’interview sur la carrière de Mel Gibson en passant par la leçon de cinéma de Peter Jackson, pour maintenant m’attaquer au petit nouveau que j’ai quelque peu rudoyer en début de chronique, pour la simple et bonne raison que tout correct et même agréable ou sympathique qu’il soit, un magazine dont les journalistes n’ont vu que sept films dans le mois, ça tourne franchement au foutage de gueule caractérisé. Si ce faux-pas est franchement impardonnable, il ne faut quand même pas faire l’impasse sur les qualités du magazine, en particulier sa maquette qui profite du format hors-norme de la revue pour combiner photos de taille et de qualité avec un vrai contenu renfermé dans des textes denses. On peut également apprécier la profondeur des enquêtes, mais il faut bien avouer que si le magazine ne tourne pas à vide, il tourne rapidement en rond, voir même, à l’instar d’un facétieux loup-garou, se mort la queue. Certains apprécieront également la compartimentation grâce à deux véritables cahiers internes, l’un consacré aux effets spéciaux et l’autre au cinéma horrifique. Ce dernier, baptisé La crypte, permet notamment d’avoir des nouvelles de Machete, annoncé pour le 16 avril aux Etats-Unis et se consacre ce mois-ci tout particulièrement à La horde. Enfin, le magazine boucle péniblement avec divers sujet sur les séries télé et les jeux vidéo, le geek-o-rama étant ainsi complet.

 

Février, mois plutôt limité au niveau des sorties de qualité, réserve donc de belles surprises aux lecteurs cinéphiles. Alors que la possible nouvelle ligne éditoriale des Cahiers du cinéma, c’est-à-dire juste un magazine lisible, pourrait venir chatouiller Positif, c’est maintenant Studio CinéLive qui vient marcher sur les plates-bandes de Première. Quand à L’écran fantastique, s’il passe tout prêt de la correctionnelle, une nette mais tout à fait envisageable amélioration future en ferrait un concurrent sérieux à Mad Movies. En bref, on se retrouve bientôt pour suivre la fascinante saga du kiosque à journaux.
Par Rémi - Publié dans : Im(presse)ion sur pellicule - Communauté : Cinéma, Cinémaaa
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