Vers une définition des navets
Ce mois-ci : Le film alimentaire
Cette catégorie de films n’a qu’un but : réaliser une juteuse opération financière et le domaine phare du sujet de la cinématographie alimentaire est sans doute celle de la « redite » et des « suites », pour les genres faciles suivants :
* Les films d’actions et d’aventures. On ne compte plus les « RAMBO » ou les « ROCKY » du passé ou du présent, les palinodies successives des « AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE », ou la série des « MOMIES » qui n’en finissent pas de se décomposer.
* Les films d’anticipations, de science-fiction ou d’épouvantes comme les tableaux successifs des « RÉSIDENT ÉVIL », des « remakes » des « 4 FANTASTIQUES » et autres « MARVEL » plus ou moins bâclés. Trop souvent, les vampires et les super héros se disputent la médiocrité.
* Les comédies balourdes ou l’humour est si volatil, qu’il peine à vous arracher un sourire. Les « VISITEURS » s’amusent avec « ASTÉRIX » dans « L’AUBERGE ROUGE » dans les registres épuisants du comique convenu.
Sur ces exemples exhaustifs, je formule les constantes. Lorsqu’une œuvre se transforme en série vous avez :
- Une sordide impression de déjà-vu, où toute surprise est exclue ; les dialogues sont uniformes dans une répétitivité systématique du fait de la définition des personnages établie lors du premier opus. Le scénario est invariable dans sa progression et la mise en scène tourne au « copié collé ». Le réalisateur se réserve toutefois l’effet de manque d’un épilogue bâclé, pour vous susciter l’envie d’aller voir la prochaine resucée des futures aventures de son personnage.
- Le premier film d’une série est toujours le plus coûteux et de ce fait, est doté d’un budget conséquent. Le tournage est toujours le plus long. C’est au cours du premier film, que l’on définit le style, que l’on peaufine les détails, la typologie des lieux, la mise en scène et que l’on soigne la direction d’acteur. Pour les suites du premier film, on se contentera de recopier la trame du premier. L’insigne exemple significatif est sans doute celui des décors. S’ils sont construits en dur, pour le premier film, ils ressortent en carton-pâte au dernier avatar ; économie et rentabilité obligent. Pour le reste, vous avez une routine de l’acteur, évoluant dans le catalogue défini des situations, avec toujours les mêmes artifices. Les variantes sont courtes, quant aux synopsis successifs, les lieux changent, mais le registre des scènes et des effets spéciaux est le même.
L’industrie cinématographique considère le film comme un produit. Son coût doit être inversement
proportionnel à sa rentabilité. Si la notion de profit conduit à dupliquer des redites de thèmes, cela ne se fait qu’au détriment du public. Paradoxalement, les bénéfices liés à ce genre de
pratiques, demeurent relatifs. Ils ne servent pas à produire des chefs-d’œuvre et surtout, ils engendrent une certaine lassitude auprès de ce même public, qui aurait tendance à déserter les
salles de cinéma. Alors, peut-on parler d’un cinéma de qualité ou d’une consommation de masse ? La question est toujours posée ; elle n’est pas nouvelle. Le rêve serait d’avoir un
cinéma toujours de qualité et destiné au plus grand nombre. Si cela reste une question, quant à la qualité du public, il n’en demeure pas moins que cela, est avant tout une affaire de goût. Même
si l’art ne nourrit pas toujours l’artiste, pourquoi nombre de réalisateurs se croient obligés de faire de la soupe, afin que l’on leur serve.
LES SOLDES DE L’ÉTÉ : les héros sont fatigués !
La momie 3, la tombe de
l’empereur Dragon
en exclusivité pour le blog
De Rob Cohen
Avec Brendan Fraser, Jet Li et Maria Bello
Ou l’exemple d’une redite juteuse, à peu de frais, matériels et surtout intellectuels. Notre super héro, pour la troisième fois, ressuscite par erreur une momie, en l’occurrence, celle d’un empereur de chine affublé de son cortège de soldats morts-vivants, dans un décor de légendes en forme de carte postale. Pour la énième fois, nous avons droit à des scènes d’action et de combats grandiloquents, certes toujours bien filmés, mais qui ne font aucune illusion, quant à l’utilisation d’images de synthèse. Outre la mièvrerie du scénario, on notera l’inconsistance du jeu des acteurs, figés dans une routine que leur impose leur personnage. L’acteur principal a vieilli, son personnage aussi ; il s’économise d’autant plus que son fiston de fiction prend la relève. Décidément, comme pour Indiana Jones, le héro passe la main à son fils ; c’est la mode.
Cet épisode supplémentaire de la momie n’augure rien de bon pour la sécurité de l’humanité, que le réalisateur s’ingénie à sauver temporairement, juste assez de temps, pour que les producteurs trouvent les fonds, pour financer le prochain opus. Ah !, ces Américains avec leur axe du Mal.
Cet épisode supplémentaire de la momie n’augure rien de bon pour la sécurité de l’humanité, que le réalisateur s’ingénie à sauver temporairement, juste assez de temps, pour que les producteurs trouvent les fonds, pour financer le prochain opus. Ah !, ces Américains avec leur axe du Mal.
Voyage au centre de la terre 3D
D’Éric Brévig
Avec l’inépuisable Brendan Fraser et Josh Hutcherson
Ce énième remake de l’œuvre de Jules Vernes ne pouvait séduire que par la qualité des effets spéciaux et non pas pour le scénario convenu
d’une comédie d’aventure à l’américaine. Outre les fantaisies inavouables prises avec l’œuvre du romancier, avec un scénario sans intérêt et une mise en scène approximative dans le déroulé du
film, il fallait bien une idée originale pour attirer le chaland. Le réalisateur n’a rien trouvé de mieux, que d’utiliser le procédé 3 D pour tourner certaines scènes. Si vous aimez la vision de
votre écran de cinéma, réduite à la taille de celui d’un téléviseur et en dépit de l’inconfort des lunettes spéciales que l’on vous loue, en sus de votre place de cinéma, et si vous appréciez
l’illusion de recevoir un compas dans l’oeil ou tout autre objet contondant, alors faites donc l’expérience d’une projection en 3 D. Pour le reste du
décor, comme pour l’intention du réalisateur, c’est du carton et du plâtre, avec l’illusion d’optique de voir une œuvre cinématographique.
Appelez-moi Dave
De Brian Robbins
Avec Eddie Murphy, Eddie Murphy, Eddie Murphy et Elisabeth Banks
Où l’on atteint le paroxysme de l’ennui avec un Eddie Murphy, qui exprime sa fatigue à l’écran ; quatre mimiques, deux pirouettes, un
sourire composé en rictus forcé, trois petits tours dans une rue et dans un appartement et puis, il s’envole dans sa chaussure. Cette parodie de Star Treck nous laisse perplexes. Certes, nous
avons l’habitude de l’autodérision pratiquée par le cinéma américain, envers leurs propres classiques. Si les effets spéciaux ne sont pas le but de l’œuvre et si les décors sont aussi
« kitsch » par analogie à ceux des années soixante-dix, et nous soulignons par là, la seule réussite du film, nous aurions pu espérer que les acteurs jouent véritablement leur rôle. La
parodie ne vaut que par le talent de l’acteur. La fenêtre d’intérêt, pour le genre, est étroite. Seule la performance des acteurs peut nous amener au rire et au délassement. Ici, rien de
tel ; les acteurs jouent en dessous de la note. Il est vrai qu’ils sont desservis par des dialogues qui sont d’une pauvreté et d’une dérision affligeante. Dans ce cas, il est difficile de
rire d’une fausse naïveté égrenée tout au long du film. Le comique de circonstance ou de situation n’est dans cette œuvre guère convaincante, si ce n’est le fait d’avoir naviguer dans un océan de
platitudes.
La possibilité d’une île
De Michel Houellebecq
Avec Benoît Magimel, Ramata Koite, Patrick Bauchau
Genre cinématographique : indéterminé, même après analyse
Il existe une règle en théâtre qui stipule qu’un auteur dramatique ne doit jamais mettre en scène ses propres œuvres, au risque de commettre
un « four ». Avec Michel Houellebecq, cette règle s’applique aussi pour le cinéma. L’adaptation de son roman par ses soins, sur le grand écran, nous révèle un navet splendide, en
majesté de ses qualités d’ennui, de malfaçons et d’amateurisme.
Détaillons :
- L’histoire : elle relate une errance pré, trans, et post-apocalyptique d’un être dans le vide de son existence. De l’original à ses clones, un individu ne fait que recopier sa solitude. Le sujet est ardu, le thème est intéressant, mais le réalisateur ne l’a à aucun moment traité. Tout au long du film, il ne se passe rien, si ce n’est des tableaux de situations abouties, sans transitions et sans actions où les images fixes et les plans longs foisonnent à n’en plus finir. Seules les voix « offs » scandent la compréhension des scènes et nous indiquent les états d’âme du protagoniste.
- Le choix du décor : il est gris, impersonnel, froid, détaillé dans la saleté et la dureté. Il est à dessein étriqué. Les costumes sont à l’identiques. Ce choix à l’inconvénient majeur de rendre les personnages invisibles, comme s’ils se confondaient avec le décor. La statique du jeu de l’acteur principal rend le plan d’image « lisse » et donne une vision fastidieuse du film. Au passage, nous évoquerons la ladrerie des effets spéciaux pour les fonds de grotte, qui se résument à une image de synthèse brouillée. C’est risible.
- Les dialogues : ils sont d’une pauvreté absolue. Le personnage principal ne parle que par bribes et cela rarement. Comment expliquer au réalisateur que le silence ne montre pas toute la solitude et n’exprime pas le vide de l’existence ?. Pour sur, le vide des dialogues exprime surtout le vide du film. Pour les autres protagonistes, la monocordie est de règle, avec un langage remplit de lieux communs empruntés aux garagistes et aux sectes. Pris au second degré, le film pourrait faire valoir un titre de comédie loufoque.
- Le jeu d’acteur : il est réduit à sa plus simple expression. Ou bien l’acteur naturalise trop son jeu ou il le théâtralise. Ce qui est un non-sens dans le cinéma actuel. Pour le compte, on croirait que les acteurs jouent à l’insu du réalisateur. Certaines scènes prêtent à rire, à contre-emploi, compte tenu du contexte. Mais peut-être était-ce l’intention de l’auteur.
- La mise en scène et le scénario : ils sont linéaires avec de fréquents plans à rebours dans la temporalité de l’action. Ils ont le défaut de ne rien expliquer et font traîner les rares actions du film. Nous avons affaire à une mollesse et à une lenteur de rythme, horripilante à supporter. Certains lieux dans la mise en scène relèvent de l’improbable, à l’exemple du club méditerranée pour sectes, avec son cortège de statue vivantes « New Age ».
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