Mardi 13 janvier 2009 2 13 /01 /2009 12:08

Vers une définition du navet

 

Ce mois-ci : Une valeur sûre de la médiocrité cinématographique : Le Chinois Volant

 


La chine est aussi une grande nation pour ce qui est des films de course. Ils sont nombreux et ils s’exportent très bien. Le navet asiatique revêt plusieurs aspects.

Les choix thématiques s’orientent invariablement sur le patrimoine culturel, géographique, social et légendaire d’un autre temps de la chine ; celle d’avant le communisme. C’est obligatoirement un film d’action et de préférence une histoire où des armées pléthoriques se massacrent gaillardement. Les protagonistes de ces épopées sont tous des experts en arts martiaux aériens, mais pas aérés. Les acteurs virevoltent dans tous les coins et dans tous les sens, courent aux plafonds, volent sur les toits et gravissent les murs au pas de course, quand ils ne planent pas sur les montagnes, sabre au vent. Ils s’arment tous d’un rien pour combattre dans une gestuelle supersonique dont la grâce la dispute à la vélocité. Le héro chinois est résistant. Il prend et donne des coups sans souffrir et avec le sourire. La trilogie des protagonistes est toujours la même ; il y a le méchant, le juste et son apprenti. Le scénario tourne systématiquement à l’éternel thématique du combat du bien contre le mal, de la trahison contre la rédemption. Le pivot central est le respect de la parole donnée et du culte des ancêtres. Le navet chinois n’est pas sexiste ; les femmes ont autant de valeur que les hommes lorsqu’il s’agit de se battre, mais lorsqu’il s’agit de sexe ou de montrer le sang, ces œuvres sont singulièrement pudiques.

Parfois le réalisateur n’est pas natif de HongKong, il se peut qu’il soit Américain. Il s’agit alors d’un navet américain, à la sauce chinoise, et cela afin de pimenter la vie des adolescents déçus par Walt Disney. Les décors s’apparentent souvent à du carton-pâte ou à de l’image de synthèse et les cascades les plus élaborées ne sont pas des goinfres budgétivores. Ces productions peu onéreuses en matière grise et en coût de main-d’œuvre peuvent rapporter beaucoup. Certains acteurs phares du cinéma asiatique, comme Jacky Chang ou Jet Li, n’hésitent pas de mettre la main à la caisse pour figurer au casting. On dit alors qu’ils sont en vacances. Mais j’arrête de médire sur le navet chinois et je vais aller me consoler en allant voir dès sa sortie, Les seigneurs de la guerre de Peter Chang



Tout sauf en famille

 

De Seth Gordon


Avec Vince Vaughn et Reese Witherspoon

 


Genre cinématographique : comédie plate

Le sujet tient en une seule paraphrase ; un couple d’épicuriens se croit obligé de passer ensemble leur fête de Noël dans leurs familles respectives. De cette mornitude cinématographique, tout sonne faux du début jusqu'à la fin du film ; et cela pour le scénario, pour la peinture sociale, pour le jeu d’acteur et cela pour autant que le réalisateur ait voulu dans son intention, nous faire passer un bon moment. Détaillons.

Le scénario est bancal dès le début par ce qu’il est servi par une intrigue inexistante. Le film se résume en une succession de tableaux descriptifs de familles américaines de la classe moyenne. Le seul lien qui relie les différends épisodes de la description est le trajet automobile entre les différentes familles où il ne se passe strictement rien entre le couple, si ce n’est que quelques tentatives de scènes de ménages. Or lorsque le scénario est inconsistant, le film est bavard, et, dans cette œuvre, vous êtes servis. Les dialogues sont creux et ils ne font pas avancer l’action. Ils ne sont là que pour induire un humour peuplé de poncifs sur le couple ou la famille américaine. Fuir sa famille pour les fêtes de Noël et y être contraint d’y aller, parce qu’une caméra indiscrète vous a piégé, témoigne d’un prétexte ténu pour aborder une histoire qui au final n’en est pas une. Les prémices de l’ennui me guettaient à la minute cinq du film.

La peinture de la famille américaine tend vers la caricature sans l’atteindre et donc sans déclencher le rire. Entre la famille de « beaufs » castagneurs ou celle de la bigote marmailleuse, entre les mamans couches-culottes et les grands-pères éteints dans leur fauteuil, les traits ne sont pas assez marqués, les situations ne sont pas assez contrastées, pas assez tranchées. Et l’on ressent très vite la fadeur et la platitude, au fur à mesure que le film avance. Le mythe de la famille divorcée et recomposée si chère à l’Amérique est traité dans la superficialité d’un ton badin, imposé par le principe de la comédie. De même que sur le thème de la maternité ou de son refus, le réalisateur n’a pas su nous faire rire, tellement les dialogues sont plats et les situations convenues.

Comment faire rire sur des sujets éminemment tristes, si on ne prend pas le contre-pied résolu de ce qui nous fait pleurer. Le réalisateur n’a pas su faire et n’a fait œuvre que de platitudes aseptisées et lassantes. De ce fait, le jeu des acteurs s’en ressent ; il est appliqué et laborieux. Ils donnent la sordide impression qu’ils répètent la scène au lieu de la jouer et avec ce regard interrogateur tourné vers la caméra, comme pour lui demander si le jeu convient ou pas. Pour ma part, je suis sorti de la salle, convenu d’ennui.



The spirit

 

De Frank Miller


Avec Gabriel Macht, Samuel L. Jackson, Scarlett Johansson et Eva Mendes

 


Genre cinématographique : pastiche de comics book

De cette adaptation de bande dessinée de Wild Eisner, on ne retiendra que le graphisme et la photo « vintage » de l’image. Pour le reste, l’exercice reste bien pâle dans la démesure d’un comics. Si la trame du scénario de la bande dessinée est respectée, les éléments employés pour la traiter, ressemblent à un vaste bric à brac de clichés empruntés au monde de l’héroïc fantasy américaine.

La première maladresse de Franck Miller est d’avoir traitée l’œuvre de Will Eisner, à la façon d’un roman noir américain des années cinquante, à la James Ellroy. Certes les deux auteurs sont contemporains, ils parlent du crime organisé, mais ils ne le font pas de la même façon. Transfigurer le héro de la bande dessinée en Dick Tracy ou en Nestor Burma au grand écran, si cela relève d’une parodie volontaire, dans le cas présent, cela ne sert qu’à masquer les insuffisances du scénario qui se résume à un face à face permanent entre deux personnages, entourés d’artefacts grotesques. Les effets quitschs sont légions :

-Dans le jeu des acteurs, le super héro est un bellâtre batifolant en danseuse sur les toits de la ville. La collection de femmes, gravure de mode des années cinquante, au romantisme énamouré est saisissante de ridicule. Les dialogues sont d’une niaiserie confondante dans leur manichéisme du combat entre le bien et le mal, de sorte que tous les personnages s’en trouvent vidés de leur substance. Les contre-emplois aguicheurs ou provocateurs sont largement utilisés : un Noir en uniforme de SS, flanqué d’une flopée de mutants trisomiques, feraient retourner Himmler dans sa tombe et rigoler quelques néo-conservateurs américains. Dans le film, le gentil, le super- héro, c’est  le Blanc, et le méchant, le super- vilain, c’est le Noir ; ce qui relève d’un contre-emploi fâcheux dans l’air du temps de l’Amérique actuelle.

Outre le fait que les protagonistes de l’histoire s’entre-tuent avec une opiniâtreté laborieuse et à l’aide de tout ce qui leur tombe sous la main, le réalisateur n’a pas hésité à les faire évoluer dans des décors du type fourre-tout. Les carrosses américains des années cinquante côtoient sans complexe les hélicoptères d’assaut de la dernière génération et les vieilles pétoires de calibre 38 rivalisent avec les mitrailleuses portatives de calibre 50. Le sang d’hercule et la toison d’or sont aussi les invités d’une mythologie grecques de circonstance, afin d’étayer un scénario quelque peu flapi.

Si Franck Miller a voulu ressusciter l’atmosphère de la bande dessinée, il est loin du compte. Il n’y a ni angoisse, ni magie, dans l’interprétation qu’il fait de celle-ci. Mais s’il ne s’était pas pris au sérieux, et s’il avait exagéré quelque peu ses outrances, il se serait fendu d’un superbe Nanar. Hélas, il s’est pris au sérieux et il nous a pondu un navet. 

Par SeBastien - Publié dans : Les navets du mois
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Retour à l'accueil
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés