Mardi 27 janvier 2009 2 27 /01 /2009 14:06

Première

 

Voilà, je suis désormais la nouvelle Joséphine Baker de Pendant Ce Temps Là... (Mais si enfin, la meneuse de revue!) Et pour ma première apparition, je descend donc les marches de la presse spécialisée avec mes plumes et mon magazine du mois qui lui aussi est extrêmement léger. En effet, qui dit première, dit Première. Alors vous allez très vite le comprendre, plutôt que d'effectuer une véritable revue de presse en passant en revue justement de manière assez superficielle les différent magazines existants, je vais m'attacher chaque mois à décortiquer une et une seule publication, en l'occurrence ce mois-ci le trois cent quatre-vingt-troisième numéro du magazine Première.

 

Et dès le début, c'est la joie la plus totale. Il suffit d'observer la couverture et la tronche de six pieds de long que nous tire Guillaume Canet, genre "Regardez, je sais aussi être ténébreux", pour comprendre tout de suite que 2009 ça va être l'année de la teuf! De plus, tous les éléments les plus vendeurs sont là, du pathétique jeu de mots "Quoi de neuf en 2009?" au petit sticker "EXCLUSIF, le poster de Twilight". Après cette fabuleuse première impression, on ne peut que foncer à l'autre bout du rayon du buraliste et feuilleter le dernier et très intéressant Sanglier Magazine. Si, si, ça existe. Enfin, on peut faire ça sauf quand doit faire une revue de presse pour l'émission cinéma de Radio Campus ou qu'on est une jeune fille en fleur et qu'on rêve qu'un Roméo de gouttière ou un Brad Pitt du pauvre vienne nous titiller la carotide avec les dents.

 

Bref, il a fallut lire, ou plutôt regarder. Oui parce que Première, c'est avant tout cent quinze pages pour caser vingt lignes de textes. Mais ne vous inquiéter pas, seul un lecteur hyper tatillon et à l'affût de la moindre ruse de Sioux remarquera l'infime présence de la publicité, puisqu'elle n'occupe qu'une page sur trois, ou encore la profondeur parfois un peu trop abyssale des articles, notamment ceux traités dans des colonnes de vingt centimètres carré perdues au milieu des photos et des titres en police soixante-douze. Parlons d'ailleurs de ces articles, que dis-je, des ces véritables dossiers. Car là, les enfants, on croule sous le nombre puisqu'on en compte une bonne dizaine. Des dossiers exceptionnels, développés chacun de manière complète et totale sur un nombre de pages impressionnant : c'est-à-dire deux, et avec du vrai contenu, des résumés de discussions tendues avec des questions qui dérange du genre "Alors Kate Winslet, vous avez retrouvé Leonardo DiCaprio onze ans après Titanic. Vous vous êtes donné rendez-vous dans dix ans?". Mention spéciale au bilan ciné de l'année 2008, qui se résume à de vulgaires classements, un coup la rédaction, un coup les lecteurs, un coup le box-office annuel, tout ça au milieu de pléthore de photos toutes plus imposantes les unes que les autres.

 

Cependant, certains articles ont tout de même réussi à retenir mon attention, notamment celui où Paolo Sorrentino (réalisateur d'Il Divo) nous explique tout seul, sans l'aide d'aucun journaliste de Première, son rapport avec le cinéma et notamment l'engagement au sein de ce dernier, ou bien celui dans lequel Marie Darrieussecq confronte Isabelle Huppert, qui présidera le jury du prochain festival de Cannes, à sa propension assez particulière à incarner au cinéma des héroïnes de littérature. Enfin, si quelques pages présente une photographie de qualité, il est absolument regrettable qu'elle ne présente d'autre intérêt que la beauté. Là où on atteint quand même franchement la limite du foutage de gueule, c'est que dans un magazine de cinéma, à l'occasion du grand retour de Jean-Paul Belmondo sur les écrans après dix ans d'absence avec la sortie d'Un homme et son chien, remake d'Umberto D. de De Sica, on nous résume les quarante ans de carrière de ce monstre sacrée du cinéma en quatre photos (dont une du film de Francis Huster) et un encart de trois lignes dans chaque.

Je ne vais pas m'attarder sur les critiques du mois qui ne représentent pas grand intérêt du fait de leur non-argumentation et ne constituent finalement que des avis particuliers jetés en pâture aux lecteurs. Preuve en est avec le courrier des lecteurs justement, où l'un de ces derniers envoie son mécontentement suite à son désaccord avec un des journalistes sur sa critique de Max Payne, le dit-journaliste l'ayant déconseillé, et ce plutôt à juste titre (voir le chaplinomètre de Vincent). Le fameux lecteur s'offusque de cet avis défavorable, va même jusqu'à douter de la présence du journaliste à la projection et nous sort cette sublime phrase "Si seuls les films d'auteur trouvent grâce à vos yeux (les yeux des journalistes de Première donc), à quoi nous sert notre abonnement". Je n'ose imaginer la tête de ce lecteur en face ne serait-ce que de l'éditorial des Cahiers du Cinéma et les mauvaises langues dont je fait partie ne se gêneront pas pour dire que l'on a le public qu'on mérite.

 

Bien que la réponse du journaliste (Mathieu Carratier pour ne pas le citer) soit assez jouissive et constitue sûrement le meilleur papier de ce numéro, elle ne sauve évidemment pas le magazine de son affligeante médiocrité. Vous l'aurez donc compris, je me suis régalé avec Première et ce n'est pas prêt de s'arrêter puisque la revue du mois prochain sera consacré à un nouveau magazine très prometteur dont sortira le tout premier numéro : j'ai nommé Studio Ciné Live.

 

Par SeBastien - Publié dans : Im(presse)ion sur pellicule
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