LES OSCARS 2009
La 81ème édition des Oscars a livré son verdict ! Et dans le combat qui opposait Danny Boyle et David Fincher, le Slumdog Millionaire du premier a battu à plates coutures le Benjamin Button du second, avec 8 récompenses contre 3
Côté interprétation, Sean Penn, Kate Winslet, le regretté Heath Ledger et Penélope Cruz ont été distingués, tout comme WALL·E (Meilleur Film d'Animation). Déception, en revanche, pour tous les Français en lice. Entre les murs a été délaissé au profit du film Départures
Autre récompense attendue : l'Oscar du Meilleur Second Rôle Masculin remis au regretté Heath Ledger, pour son hallucinante composition du Joker dans le dernier Batman. Second trophée attribué à titre posthume (après Peter Finch en 1977), la statuette a été remise à la famille (père, mère et soeur) du défunt comédien, qui a livré un discours de remerciements sobre mais émouvant. Emouvant, celui de Mickey Rourke l'aurait sans doute été. Mais l'acteur de The Wrestler a été mis KO par Sean Penn, avec le film Harvey Milk de Gus Van Sant qui, un peu à la surprise générale, lui a ravi le trophée du Meilleur Acteur dans le dernier round de leur affrontement. L'acteur remporte son deuxième Oscar du meilleur acteur, cinq ans après Mystic River.
C'est également la deuxième statuette pour Harvey Milk : l'occasion pour Sean Penn de livrer, après les remerciements de rigueur, un discours engagé pour les droits des homosexuels, comme a pu le faire le scénariste Dustin Lance Black en début de soirée. Classe, Sean Penn n'en oublie pas son pote Mickey Rourke (il l'avait dirigé en 2001 dans The Pledge), dont il salue, plein d'émotion, le retour sur le ring hollywoodien. Welcome back Mickey !
Encore une fois la cérémonie a été à la hauteur des attentes du public…Une cérémonie qui clôture et récompense une année cinématographique riche en émotions. Rendez vous l’année prochaine pour le sacre de futur chef d’œuvre, espérons le !
Le palmarès
Meilleur Film : Slumdog Millionaire
Meilleur Réalisateur : Danny Boyle (Slumdog Millionaire)
Meilleur Acteur : Sean Penn (Harvey Milk)
Meilleure Actrice : Kate Winslet (Le Liseur)
Meilleur acteur dans un second rôle : Heath Ledger (The Dark Knight, le chevalier noir)
Meilleur actrice dans un second rôle : Penélope Cruz (Vicky Cristina
Barcelona)
Meilleur scénario original : Harvey Milk
Meilleure photographie : Slumdog Millionaire
Meilleur montage : Slumdog Millionaire
Meilleurs décors : L’Etrange histoire de Benjamin Button
Meilleurs costumes :
The
Duchess
Meilleurs maquillages :
L’Etrange histoire de Benjamin Button
Meilleur son : Slumdog
Millionaire
Meilleur montage sonore :
The
Dark Knight, le chevalier noir
Meilleurs effets visuels :
L’Etrange histoire de Benjamin Button
Meilleur chanson : "Jai Ho"
(Slumdog Millionaire)
Meilleure musique :
Slumdog Millionaire
Meilleur film d’animation :
WALL-E
Meilleur film Etranger :
Departures
Meilleur film documentaire : Le Funambule
Meilleur court métrage : Spielzeugland
Meilleur court métrage d’animation : La Maison en petits
cubes
Meilleur court métrage documentaire : Smile Pinki
La réaction de Rémi quant à ce palmarès :
Il est de ma responsabilité et de mon devoir de venir m'insurger contre ce
palmarès. Scandale! Mais pourquoi? Evidemment pour la razzia opérée par Slumdog Millionaire à défaut de L’étrange histoire de Benjamin Button. Une fois de plus la glorification
du mercantilisme est venue piétiner un cinéma plus exigeant à priori mais qui offre tellement plus une fois dans la salle, et ce de la manière la plus flagrante.
Danny Boyle, vous me le concédez, est loin d’être un réalisateur inconnu et fait même souvent office de figure de proue du cinéma anglais avec nombre d’excellents films à son actif
(Trainspotting, 28 jours plus tard, Sunshine) mais également des ratés, et ce avec une alternance assez troublante.
Depuis quelques jours, on nous vend ce film comme « la belle histoire de cinéma » de cette année, puisqu’il ne fut au début présenté que dans de petits festivals et qu’il ne possédait même pas de
distributeur pour l’Europe avant de se voir attribué 57 prix (si mon compte est bon depuis la cérémonie des Oscars) et de rencontrer un succès commercial par le bouche-à-oreille. Ne possédons
nous pas déjà ici un élément de réponse ? Qu’un film d’un cinéaste connu et reconnu sorte sans la moindre promotion et dans l’indifférence totale des décideurs de la profession ne constitue-t-il
pas déjà un aveu de médiocrité ? Le succès de Slumdog Millionaire a surpris tout le monde, à commencer par son réalisateur, qui à mon avis n’y croyait pas beaucoup.
Il faut maintenant essayer de comprendre pourquoi ce film à la réalisation de bande-annonce et aux ficelles scénaristiques grosses comme des troncs de baobabs fonctionne au près du public. Et
bien je pense que nous avons là la preuve qu’un marasme économique et social possède des répercussions absolument dans tous les domaines. Comment expliquer autrement cet engouement pour une fable
à la Dickens grossière, si ce n’est par le besoin du public de rêver, de croire que « tout est possible, tout est réalisable, c’est le jeu de la vie » (copyright Chevallier et Laspales, et non
pas Jean-Pierre Foucault). De ce fait, et pour ne pas se froisser avec un public dont il a bien besoin en ces temps difficiles, Hollywood a préféré récompenser un film qui possède un énorme
avantage pour lui : refusé au départ puis adulé par le public et finalement récompensé par la profession, ce film convient de ce fait aussi bien aux personnes qui critiquent le système
hollywoodien que celles qui le glorifient.
Le cinéma américain montre ainsi tout son savoir et son expérience pour rassembler tout un peuple de cinéma sous une seule et même bannière : celle de la médiocrité.
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