Avril 2009 : le temps d’un flirt avec la crise
Malgré un marasme économique mondial, des dépressions et récessions en cascade, des conflits sociaux qui se radicalisent, le grand écran fonctionne à plein régime. En fait, c’est peut-être bien à cause de toutes ces difficultés que le cinéma perdure en ce moment, puisqu’il est le seul à pouvoir offrir un dépaysement total pour le prix d’un menu maxi best of (même s’il faut accorder à la restauration rapide le mérite de nous rapprocher à chaque bouchée d’un fabuleux voyage : celui vers l’au-delà ). Il est alors tout naturel pour certains de se lancer dans une aventure proche de l’univers cinématographique afin de rapporter quelques deniers. C’est ainsi que tel un champignon qui sort de terre suite à un ciel bleu précédé de nombreuses averses, Rush Mag vient de pointer le bout de sa couverture sur les rayonnages de nos buralistes.
Rush Mag, le cinéma comme on l’aime. Moi personnellement c’est bleu, mais je peux me laisser tenter par saignant de temps en temps. Non, il va sérieusement falloir penser à arrêter les slogans qui ne veulent rien dire. En parlant de quartier de bœuf, c’est la face ravagé de Mickey Rourke qui fait ici office de couverture, avec comme mise en exergue le retour d’un monstre sacré. Moi, j’aurai plutôt dit le retour de la vache sacré, mais cessons-là la métaphore bovine. Ce qui va immédiatement tapé dans l’œil du collectionneur cinéphile, c’est les 8 fiches collector à découper. On imagine déjà la fébrilité de celui qui, ayant raté un numéro, retrouve sur un site de ventes aux enchères en ligne les 8 fiches manquantes à sa collection. Le gars y peut débourser 5, 6 €, facile. Sans parler des possibilités d’échange entre les différents collectionneurs : « ma fiche Gran Torino contre la tienne ». Quitte à aller jusqu’au bout du revival Hit Machine Magazine, autant offrir un cadeau le scalpel de la dernière opération chirurgicale ratée de Mickey. Dans le prochain numéro, les talonnettes de Tom Cruise ainsi qu’en bonus exclusif un morceau de cloison nasale récupéré après la dernière rhinoplastie de Nicole Kidman.
Mais parlons plutôt du contenu, qui vaut quand même le coup d’œil. En effet, malgré seulement 100 petites pages (couverture et quatrième de couverture comprises) pas forcément toujours bien remplies, le magazine offre une ligne éditoriale originale et intéressante. Vous ne voyez pas tous les films qui sortent ? Rush Mag non plus. Seulement 8 films ont fait l’objet d’une notation, et ce sur la période allant de fin janvier à début mars. En complément, Rush Mag nous livre également son avis sur 12 autres films, soit 3 par semaine, mais parfois sans les avoir vus. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, ceci se révèle positif pour le magazine.
Là ou d’autres magazines se prononcent sur toute une flopée de film dans des encarts de 5 lignes dont 4 de résumé, Rush Mag opère des choix mais qu’il peut justifier grâce à une maquette qui offre de la place aux notations. Ces dernières s’étendent ainsi sur plusieurs pages pour chacun des 8 films, et avec des textes remarquables en ce sens que beaucoup plus que des avis, ils sont en fait des argumentaires souvent très bien construits et parfaitement compréhensibles même si le lecteur n’a pas vu le film. De plus, Rush Mag réussi un grand écart plus qu’appréciable que l’on aimerait retrouver plus souvent dans la presse spécialisée : celui de la véritable cinéphilie, de la vraie culture cinéma et de la décontraction. Un magazine qui cite du André Bazin mais qui est également capable de titrer « Mickey Rourke : le retour de la momie » sur une image de The Wrestler, ça ne court malheureusement pas les rues.
Le magazine ne comporte évidemment pas que des critiques (parce que sinon ce serait vraiment court tout de même). Ouvrant sur les traditionnelles news puis sur les dites critiques, le reste se compose d’un coin du gore (apparemment récurent) où l’on nous présente une sélection des dernières galettes sanglantes, des vieux films grindhouse filmés à la truelle aux nouveaux direct video filmés au burin numérique, d’une biographie sélective du master of horror George Romero ainsi que des sorties dvd plus conventionnelles.
Alors, bien sur il y aussi des points noirs au tableau. Un coin des séries plus anecdotique qu’autre chose (et pas forcément nécessaire dans un magazine de cinéma), des articles franchement datés, mais surtout un véritable problème de maquette finale. Des notes différentes entre les fiches et le magazine, une rubrique web ou règne un bordel sans non puisqu’un seul des quatre sites conseillés à eu droit à la bonne photo avec le bon titre et le bon texte. Une copie non corrigée qui ne sera, on l’espère, qu’une erreur de jeunesse.
En résumé et pour conclure, une petite charade : qui note les films sur 5, qui ne les voit pas forcément mais en parle quand même, qui possède une vraie connaissance du cinéma tout en ne disant pas stop mais plutôt encore à la déconne et enfin qui a parfois des bugs mais on pardonne parce que c’est sympa ? Rush Mag mais aussi, et bien oui, Pendant ce temps là , chers auditeurs ! Comme le dirait Orson Welles : « J’appelle ça du plagiat. J’aime pas trop les voleurs et les … ». Mais je vais faire une exception pour Rush Mag. Donc si vous aimez notre émission, soutenez ce jeune mensuel qui en a besoin pour pouvoir continuer et s’améliorer et qui constitue sans le savoir le parfait pendant papier à l’émission radio sur le cinéma que le monde entier nous envie.
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