Vendredi 3 avril 2009 5 03 /04 /2009 23:07

Vers une définition du navet

Ce mois-ci : Ces humoristes qui font des toiles qui ressemblent a des croûtes

 

Cinématographiques, s’entend !. La comédie n’est pas un genre mineur dans le cinéma. Une bonne comédie se distingue  par un scénario logique et cohérent, accompagné par des dialogues qui servent un comique de situation. L’humour peut être plus ou moins lourd à dessein ou à contrario plus ou moins fin, si l’on veut couvrir plusieurs degrés dans la comédie. La parodie et le burlesque ne peuvent se contenter de la facilité d’un jeu d’acteur ou de plan-séquence relevant de l’à peu près. De cet art difficile de nous faire rire, les humoristes de la scène sont-ils les plus qualifiés lorsqu’ils passent sur le grand écran ?. Peut s’en faut pour nos humoristes français, pour qui faire une œuvre cinématographique, relève d’une mode qui peut rapporter gros ; une gloire facile et des fins de mois juteuses. Sauf que les procédés de l’humour transcrit à l’image, ne sont pas les mêmes que ceux que l’on installe sur les planches. Le secret réside  sans doute dans l’appréciation de la distanciation du personnage par rapport à un espace qui passe de trois dimensions à deux. L’humoriste de cabaret joue avec le public et s’amuse de la salle. L’acteur au cinéma est seul devant la caméra et doit rendre de ce fait la totalité de son personnage. Si le comédien est seul sur la scène dans l’intériorité de son personnage, l’acteur au cinéma fait partie d’un tout et ne peut pas jouer seul. Et c’est hélas le gros défaut de ces gloires de la scène parisienne qui se contentent de se faire filmer dans des outrances de sketches, tournés en plans-séquences ou en tableaux, comme au théâtre. À l’écran, on ne voit qu’eux par ce qu’ils veulent que l’on ne voie qu’eux, comme sur les planches ; ego oblige !. Ce n’est pas suffisant pour faire un bon film. Si le miracle du cinéma est l’ubiquité de l’œuvre, celle-ci ne dialogue pas avec le public lorsqu’elle est projetée. L’interactivité réelle d’un spectacle de cinéma n’existe pas, sauf entre le public, pour peu que le film soit parfait.

Les promos du printemps ; les héros vendent de la gnognotte

 

COCO

 Réalisateur : Gad Elmaleh

Acteurs : Gad Elmaleh, Pascale Arbillot, Manu Payet, Jean Benguigui

 

Réalisé, scénarisé, écrit et mis en scène par Gad Elmaleh et pour Gad Elmaleh, le personnage n’a jamais été aussi bien servi que par lui-même et au risque d’être nourri que par un seul talent, l’œuvre n’a pas de talent si ce n’est que d’arracher une risette chez le spectateur que je suis et rien de plus.

Peut-on dire que cette œuvre décrit des travers communautaires ?. Oui, comme tant d’autres, si l’on considère qu’il faut bien un sujet et un thème pour faire une comédie et que le genre socioculturel est un prétexte facile à la saynète ; Si la majorité des acteurs sont juifs, l’humour, lui, ne l’est pas et se cantonne à l’accent « pieds-noirs » des protagonistes du film. Si ce n’est que quelques broutilles de la clichetterie sociale communautaire, tournées en des facéties qui feraient se lamenter Popeck, l’esbroufe du personnage, et de l’acteur ne prend pas, si le public ne participe pas. De cette systématisation du spectacle de planche porté  à l’écran, Gad Elmaleh a peut-être réalisé un coup de maître dans le cadre de la comédie dite « populaire ». Les chiffres des entrées le diront sûrement. De l’aveu du réalisateur, le succès du cabaret doit être le même qu’à l’image d’une œuvre cinématographique. Si l’instant à la réalisation est délicat, car le quitte ou double final de l’épreuve du public peut transformer un chef-d’œuvre en navet, l’idée de Gad Elmaleh d’adapter son humour au cinéma, si elle n’est pas nouvelle, reste intéressante. Pour se faire, il a mis tous les atouts de son côté. Dotés d’un budget colossal, les décors et les scènes de tournage sont à l’image de la mégalomanie du personnage de CoCo. Les plans faits par la caméra sont soignés. Si le scénario se tient dans son ensemble, on ne peut s’empêcher de sentir des trous dans le rythme du film. Les rares apartés dans le film, où le personnage principal n’apparaît pas, casse la respiration du film. Le jeu frénétique de l’acteur principal tranche sur la mollesse des seconds rôles. À ce titre, la typologie du film qui tourne au « one man show », oblige les autres acteurs à faire les potiches et les faire valoir sans reliefs.

Au risque du rire facile, vous verrez un film mono rôle, d’une faible épaisseur cinématographique et au sortir de la salle une fringale de voir autre chose.

 

OSS 117, RIO NE RÉPOND PLUS

 

Réalisateur : Michel Hazanavicius

Acteur : Jean Dujardin

 

Brice de Nice, où es-tu ?. Où est la belle époque où Jean Dujardin était encore frais, quand il croyait à la comédie pétillante, à la belle époque où il savait faire de l’humour acide et manier le burlesque aéré, et où les personnages sous un costume parodique avaient encore une dimension humaine ?.

Ce temps est terminé avec la dernière farce cinématographique commise par Michel Hazanavicius dans les aventures devenues palinodiques d’un oss 117 resuçé. Rio ne répond plus et mon cerveau non plus. Ce film réalisé pour des encéphalogrammes plats, ne dépasse pas le premier degré de l’humour potache. C’est encore un spectacle dit « populaire »  qui tourne au « show case » permanent du jeu monomaniaque d’un acteur à l’écran. Il n’est pas une scène où Jean Dujardin n’apparaît pas. Il ne partage rien et les seconds rôles sont autant de béquilles qui supporte un jeu d’acteur sans conviction réduit  à une suite ininterrompue de clins d’oeil sur son propre personnage dans une série télé bien connue. La thématique du film est basée sur une parodie balourde des univers cinématographiques de l’espionnage. Dans l’ordre et surtout dans le désordre du scénario, nous avons la parodie indigeste de James Bond, de OSS 117, Le Squale, avec en corollaire la contrefaçon de « Y a-t-il quelqu’un pour sauver le président ? ». Tout au moins, pouvait-on espérer une autre adaptation de San Antonio dans le meilleur des comiques troupiers. S’il est vrai que l ‘accumulation des gags à un rythme très rapide, ait pu me distraire pendant la première demi-heure du film, la redondance continue de ces mêmes sketches avec les mêmes personnages à savoir : les chinois perfides, les nazis grandiloquents, les traîtres américains, les pimbêches ingénues, rendent l’exercice de ce film, pénible à voir. Que dire de mon long ennui à la vue de cette singerie interminable ?. Que de constater la présence d’un scénario exclusivement construit sur des copié- collé pastichés des classiques du film d’espionnage. Que les personnages sont insipides dans leur humour, parce le jeu d’acteur est plat et que l’artifice central de la comédie tourne autour de leur dentition d’une blancheur éblouissante.

Encore une fois, la gnognotte à gros budget tient lieu de film à gros succès futurs au titre de la recette et peut-être au titre de l’anthologie des Nanars.  

 

Par SeBastien - Publié dans : Les navets du mois
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