Les soldes de Pâcques : Les héros nous prennent pour des cloches
PRÉAMBULE
Les enterrements ont ceci de particulier ; ils se ressemblent tous ! .Au risque de pleurer pour la comédie, je prononce l’éloge funèbre du genre dont la dernière trouvaille remonte au temps de l’invention du fil à couper le beurre. Tout n’est que resucées qui ne se lassent pas de se ressasser. Et c’est bien le cas avec ‘LE MISSIONNAIRE’ et ‘ 17 ANS ENCORE’ .
Réalisateur : Roger Delattre
Acteurs : Jean-Marie Bigard, David Straymaster
Genre cinématographique : farce rustique qui pue des pieds
L’humour dans cette œuvre frise les 70 ans d’age, tout comme l’age des spectateurs dans la salle, lorsque j’assistais à la projection du filam. Autant dire que ce mélange étrange de comique troupier et du petit monde de don Camillo est en adéquation avec l’âge et la culture populaire de son public, dans l’art de la farce grotesque de cloche merle. La balourdise des gags et des situations risibles au premier degré ont forcé mon admiration sur la capacité du réalisateur à accumuler les poncifs. Ils sont légions :
Vous avez droit au petit monde de Don Bigard, singeant le curé de campagne, façon Fernandel avec ses vieilles bigotes, ses crapauds de bénitier et qui veille au salut de leurs âmes et de la fin de leurs ennuis, Dieu étant absent puisque le personnage central du film n’a rien d’un pasteur. Les redondances issues de la réalisation de Julien Duvivier sont nombreuses, comme les confessions menées en bastonnades ou les résolutions simplistes des amours contrariés. Sauf que dans le missionnaire, l’humour n’est pas le descriptif d’un village plongé dans la modernité, si ce n’est celle datant d’il y a cinquante ans. Que dire encore de la confrontation d’un vrai curé avec son faux-semblant, copiant ainsi sans vergogne les scènes du ‘retour de Don Camillo’. Le havre de finesse relative que sont les œuvres de Carmine Gallone n’est pas comparable avec le comique rugueux et vulgaire que nous impose Roger Delattre.
- Entre autres resucées qui vous seront infligées, vous aurez droit au descriptif détaillé de l’univers d’une gendarmerie et des gendarmes ruraux dont les seules occupations dans le film relève de la saoulerie et du passage à tabac en règle. On ri bien une minute, mais les scènes d’ivrognerie violente deviennent vite fastidieuses. La recette sempiternelle qui consiste à décrire un univers peuplé de crétins demeurés atteint, très vite dans ce film sa limite comique.
Pour faire bonne mesure, le réalisateur vous sert quelques pastiches forcés issus du milieu de la grande truanderie, avec son parrain gâteux et soupe au lait, tout droit sorti d’un ‘milieu’ marseillais en carton-pâte ou ‘ritalien’ d’infortune.
Si la majeure partie des acteurs est lisse, même dans leur propre rôle, du fait qu’ils forcent à outrance leur personnage et en cela, ils n’apportent rien au comique de situation, la prestation de Jean-Marie Bigard dans son personnage de curé truand, se fourvoie dans la typologie du prêtre de hasard. Visiblement, il ne croit pas à son personnage de faux curé un seul instant et les hésitations feintes pour le rôle, sont véritablement celles de son jeu d’acteur.
Seul David Straymaster attitré dans le personnage du frère évêque du faux prêtre taulard, semble tirer son épingle du jeu. Avec un faux air à la Élie Kakou, il joue avec délices les affres d’un prêtre plongé dans la luxure et le crime organisé.
Le scénario qui n’a aucune originalité, sinon celle d’un saupoudrage issu d’autres œuvres de la comédie comique, tient cependant de la cohérence dans sa logique et l’on ne risque pas de perdre des neurones en attendant le dénouement d’un film à la saveur d’un pain quelque peu rassit.
17 ANS ENCORE
Réalisateur : Burr Steers
Acteurs : Zac Efron, Matthew Perry
Genre cinématographique : American Pie à la naphtaline.
Où l’on ressort les vieux costards des films américains sur l’adolescence, les relations père fille, père fils, de ces fabuleux collèges américains dotés de fastueux gymnases peuplés de surpuissants crétins de la baballe, le tout dans l’asepsie de valeurs convenues et puritaines qui dénoncent insidieusement le préservatif et la relation hors mariage et à côté duquel le pontificat de Benoît XVI, ressemble à un ministère ultra-progressiste.
Il s’agit bien d’une œuvre destinée à l’éducation des jeunes filles et le réalisateur a réussi sa gageure, si je considérais la horde pubère des spectatrices de ce film. 17 ans encore, ce n’était pas tout à fait l’age moyen de l’assistance qui aspirait visiblement aux émois de cet âge.
Pour ce qui se dégage de la comédie, nous avons bien les sucettes convenues des problèmes de l’adolescence, avec le papa qui ne comprend pas sa fille, qui ne comprend pas son fils, qui est forcément divorcé, qui est obligatoirement au chômage, et qui invariablement se réfugie dans la garçonnière d’un copain adorateur d’accessoires liés à l’Heroic Fantasy. Et tout ceci, pour faire reluire le lobby du grand enfant américain. Comme tout est de la faute du père, parce qu’il a préféré dans sa jeunesse sacrifier sa carrière à son amour, qu’il a engrossé accidentellement, Dieu, dans son infinie bonté de technicien de surface, lui redonne ses dix-sept ans. Et là !, les ennuis commencent pour le spectateur que je suis. Outre la lamentable palinodie des conflits des générations annoncées dans le film, où l’acteur ayant l’age de ses artères essaie en vain de résonner comme un quadragénaire, on vous sert toute la panoplie de l’infantilisme à l’Américaine. En prime, on vous farcit la tête avec la kyrielle de bons sentiments, sortis tout droit de l’imagerie Disneyenne d’après la lettre.
Mais le film présente d’autres défauts. Le scénario est longuet ; les scènes préliminaires traînent interminablement pendant vingt minutes avant que l’intrigue ne commence. Les scènes capitales sont curieusement courtes au profit de scènes anodines à l’humour banal, qui elles, perdurent dans un ennui sans fin. Ce scénario déséquilibré donne très vite l’impression d’une action qui se déroule lamentablement, au point de vous faire quitter votre fauteuil prématurément. Le tout est renforcé par le fait que l’acteur n’a plus l’âge du rôle. Hésitant, dans son jeu à singer intellectuellement un quadragénaire, il est mal à l’aise dans la peau d’un homme de vingt ans. Si le réalisateur voulait marquer la distanciation entre les personnages, il se serait aperçu que son personnage principal jouait à contre-emploi.
Au final, vous assisterez à une œuvre faite à la va-vite, avec des bouts de ficelles et singulièrement bâclée dans sa typologie de redites et de déjà-vu suranné.
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