Jusqu’en enfer (by Etienne avec Thomas)
De Sam Raimi avec Alison Lohman, Justin Long, Lorna Raver
Durée 1h39
Etienne
Présenté hors compétition au cours du dernier festival de Cannes, le nouveau film de Sam Raimi a mis une ambiance d'enfer sur la Croisette et signait le retour du cinéaste dans la ville qui changea sa vie, lorsqu'en 1982 il y présenta The Evil Dead au marché du film. Etrange coïncidence puisque Jusqu'en enfer entretient des liens très serrés avec la trilogie comico-horrifique qui fit le succès de Raimi et sonne comme le retour aux sources tant attendue par ses fans. Un film qui sent bon le Old School en comparaison avec ses récents blockbusters (Spiderman en autre) et c'est peu de le dire puisqu'il s'agit d'un vieux projet autrefois intitulé The Curse, qu'il écrivit en 1993.
Au départ prévu pour Ellen Page, le rôle principal (qui est aussi celui du souffre douleur de Raimi) revient à une autre actrice au physique d'adolescente, la charmante et trop rare Alison Lohman accompagnée d'un acteur tout aussi rare (du moins par chez nous) et qui ne fait pas son âge non plus, Justin Long, habitué à l'horreur 80's avec les Jeeper Creepers et qui ressemble de plus en plus à un frère Raimi. Bref, tous les ingrédients sont là pour la plus grosse attraction de l'année, attachez vos ceintures on y va !
Résumé
Christine Brown, spécialiste en crédit immobilier, vit à Los Angeles avec son petit ami, le Professeur Clay Dalton. Tout va pour le mieux jusqu'au jour où la mystérieuse Mme Ganush débarque à la banque et la supplie de lui accorder un crédit supplémentaire pour sa maison. Christine hésite entre la compassion et la pression de son patron, Mr Hicks, qui la voudrait plus ferme avant de lui octroyer une promotion. Fatalement, Christine choisit sa carrière, même si sa décision met Mme Ganush à la rue. Pour se venger, la vieille femme jette la malédiction du Lamia sur Christine, transformant sa vie en un véritable cauchemar. Hantée par un esprit malfaisant, incomprise de son petit ami, elle se fait aider du medium Rham Jas, qui l'entraîne dans une course frénétique contre la damnation éternelle, pour inverser le sortilège...
Old school, vous avez dit old school? Oui, ma bonne dame, et ce, dès le logo vintage de la Universal qui ouvre le film et qui va jusqu'à le clôturer avec une superbe vignette promotionnelle pour le Universal Studio dans le pur style années 50 !! Raimi revient aux fondamentaux !!
Lors des scènes d’apparition du démon on assiste à un véritablement déchaînement des enfers qui se traduit par l’apparitions d’ombres.
Ces immenses ombres menaçantes qui semblent engloutir les protagonistes renvoient également à l'expressionnisme allemand, notamment dans une séquence d'escalier.
Des choix étonnants pour un film actuel donc, mais qui n'empêchent pas Sam Raimi de faire du pur Sam Raimi.
Outre les évidentes auto-références à ses oeuvres passées (la cabane à outils, la oldsmobile réccurente, un possédé qui se transforme en deadite d'Evil Dead ou encore une mouche envahissante qui fait écho à l'araignée radioactive de Spider-Man), c'est au niveau de l'efficacité des plans, du montage énergique et de la simplicité à passer du rire à l'effroi que l'on retrouve la patte du réalisateur.
Ce qui est vraiment bien dans ce film ce sont les scènes d’actions complètement déjantées bourrées d’humour et de référence cartoon. Ainsi, on assiste médusé à un combat hargneux entre l'héroïne et l'horrible Mme Ganush à l'intérieur d'une voiture, mixant allégrement une tension des plus folles, de l'absurde, du gore rigolo, de l'action survitaminé, le tout prenant des allures de cartoon live. Une scène de combat d’ailleurs qui vous tiendra en haleine !! Cet amour du cartoon hérité de Tex Avery, Raimi le pousse même dans ses derniers retranchements lors d'une séquence hilarante où la vieille gitane se prend littéralement une enclume sur la tête et crache ses yeux exorbités par le coup sur la pauvre Alison Lohman.
L'humour sadique, il n'y a rien de mieux, surtout que dans Drag me to hell le besoin de relâcher la pression se fait constamment ressentir. Rarement un film n'aura à ce point mis les nerfs à l'épreuve. Si l'ambiance visuel est incontestablement réussie, que dire du travail sonore effectué...
Un grand bravo pour le sound design qui représente ici au moins 70% de la peur ressentie et qui fera, à n'en point douter, sursauter à plusieurs reprises le plus endurci des amateurs d'horreur. Le compositeur Christopher Young a fait un boulot monstrueux !!!! Monumental un sound design travaillé a un tel point qu’il en devient presque un chef d’œuvre…Raimi aime bien torturer ses actrices car il aime leur mettre plein de trucs dégueu dans la bouche…
Mais attention, les bruits tonitruants sont toujours intelligemment associés à une menace réelle et visible à l'écran où annoncent son arrivée imminente.
Pour finir, la bande originale de Christopher Young , remplit sa fonction à merveille, agrémentant sa musique d'ambiance de partitions de violons.
Les acteurs : Alison Lhoman, Lorna raver (madame ganush), Rham Jas (Dileep Rao) le medium pour son premier rôle au cinéma s’en tire très bien…. !!!
La scène de l’exorcisme est sans nul doute la meilleur scène d’exorcisme depuis le film éponyme de William Friedkin…Sans nul doute qu’un jour on pourra le ranger a coté dans le panthéon des films de genre…
Bref, Drag me to hell est un film bien plus intelligent et travaillé que ce que son postulat de départ pouvait le laisser entendre et s'inscrit admirablement dans la filmographie de Sam Raimi comme un « Néo Evil Dead » bénéficiant de tout le bagage emmagasiné au cours de sa carrière. Un peu moins fou fou mais nettement plus soigné, tout en gardant un second degré équivalent.
Avec Drag me to hell, Sam Raimi nous offre un divertissement haut de gamme à même de satisfaire tous les types de public. Un vent de fraîcheur que ce film d'horreur à l'ancienne qui nous fait d'autant plus regretter l'omniprésence des "torture porn" à la Saw sur nos écrans. Le réalisateur nous prouve que, contrairement à ses personnages, lui ne s'est jamais renié et sait toujours s'éclater comme à ses débuts.
Thomas
Il y a longtemps qu'on l'attendait ce retour de Sam Raimi au genre qui a fait sa gloire. Je veux bien sûr parler du film d'horreur à tendance loufoque à la manière de sa trilogie Evil Dead. Et on peut dire que l'attente en valait la peine quand on voit le résultat, tout simplement hallucinant, sur grand écran. Le film frôle la perfection que ce soit aussi bien du coté de la technique que du film en lui-même.
Ce qui frappe d'abord dans Jusqu'en Enfer, c'est sa plastique réellement jubilatoire. Que ce soit au niveau de la
photographie ou des cadres, chaque image est réellement sublime et maîtrisée sur le bout des doigts. Mais avec un Sam Raimi aux commandes, qui allie l'esprit déjanté d'Evil Dead aux prouesses
visuelles d'un Spider-Man, ce n'est pas si étonnant. Il suffit de voir la scène d'introduction ultra puissante pour s'en convaincre. Scène durant laquelle un jeune garçon se fait capturer par le
démon du film qui se termine sur un travelling vertical incroyable et d'une efficacité folle.
Sam Raimi annonce la couleur, il nous a fait un film qui envoie sec et qui va nous prendre par les roubignolles
et les maltraiter à outrance. Mais ces images n'auraient pas autant d'impact sans un élément essentiel au film, te aux films d'horreur en général : le son ! Outre une musique extrêmement
immersive orchestrée par un Christopher Young (déjà compositeur sur Spider Man 3) qui réalise ici un sans faute, il faut ajouter un sound design tout simplement impressionnant qui décuple la
force des images pour envoie des "grandes tartes dans ta gueule" au spectateur.
Que ce soit dans les apparitions d'un démon réellement flippant, ou celle d'une revenante toute aussi flippante,
le son crée une ambiance palpable et amplifie les moments de frousse de façon assez jouissive. Un exemple ? L'une des toutes premières attaques du démon où le réalisateur arrive à nous foutre les
jetons en filmant un plafond ! Tout se joue sur le mixages où les sons viennent d'un hors champ que l'on pourrait croire plausible (des bruits de pas à l'étage) pour lentement migrer vers un
univers sonore où champ et hors champ s'entremêlent et se confondent (un bruit de portail rouillé qui revient fréquemment et qui fait péter la chair de poule dès qu'on
l'entend).
Rien que pour ça, la vision de ce film en salle se justifie immédiatement, tellement il serait bête de ce gâcher une expérience aussi puissante par un téléchargement de bouillie pixellisée meurtrière.
Mais ce serait trop simple de limite le film à sa simple technique, parce que ce qui le rend efficace c'est également et surtout une réalisation étonnante et un scénario beaucoup plus élaboré que certains voudront bien le croire.
Certes, l'idée de départ est on ne peut plus simpliste : une banquière refusant un prêt à une gitane se fait
jeter un sort en représailles. Mais à ce constat de départ simpliste s'ajoute un travail sur les personnages pensé et développé dès les premières séquences. En effet, lorsque l'on regarde comment
le personnage de Christine arrive à la décision de refuser le prêt il est d'une part impossible de ne pas se reconnaître un minimum dans sa réaction, mais le châtiment qu'elle reçoit apparaît
également beaucoup moins disproportionné.
Alison Lohman interprète un personnage très attachant c'est vrai, mais un personnage lâche qui se laisse marcher
sur les pieds et n'assume pas ses responsabilités. En refusant le prêt, elle cherche à prouver qu'elle ne mérite pas toutes les humiliations qu'elle subit dans son travail, qu'elles soient
volontaires ou non. Mais en faisant cela, se trahi elle-même, n'arrive pas à gérer une situation qui la dépasse et au final fini par infliger les même humiliations dont elle est victime à une
personne qu'elle prend en pitié dès le départ.
En se soumettant à un système hiérarchique proche de la loi de la jungle, elle perd une part de son humanité,
détruit une personne moralement et publiquement, et écope d'un châtiment s'apparentant cette fois à celui de la loi du Talion. S'ensuit un film d'horreur que l'on pourrait juger plus classique si
le parcours entrepris par Christine pour se défaire de la malédiction dont elle est victime, n'était semblable à un parcours intérieur la mettant face à se responsabilités pour la pousser à les
assumer.
C'est quelque chose d'au final en apparence tout con qui va avoir au final des conséquences bien plus graves qu'on aurait pu le penser. Et en même temps, quand on sait que Christine refuse le prêt pour avoir une promotion, l'attachement n'en est que plus grand et l'on se reconnaît finalement très bien dans cette petite blonde. Et ça, c'est ce que l'on appelle une putain d'identification aux personnages, et c'est ça qui donne toute sa force au film !
Et après, Sam Raimi remet une couche d'excellence avec une mise en scène réellement bien pensée et qui tranche au
final complètement avec les objectifs d'un Evil Dead. Certes, le réalisateur garde ici son penchant cartoonesque dans les scènes d'horreur pure, mais elles sont montrées ici de façon tellement
frontale, que ce coté loufoque devient réellement malsain. La scène de la voiture au début du film en est le meilleur exemple. Mais à coté cet aspect outrancier, il faut voir à quel point le hors
champ prend une ampleur et une importance capitale dans ce film.
Ce n'est pas pour rien si le démon est toujours montré au travers d'ombres. Car les ombres, quoi qu'on y fasse sont toujours présente dans une image, et quand Sam Raimi fait surgir une menace du hors champ pour la matérialiser ensuite par une ombre sur un mur, il donne au hors champ une dimension omniprésente et enferme son personnage principal dans une situation inextricable, prisonnière d'un monde qu'elle est la seule à voir et donc par essence, lui-même hors champ aux yeux des autres personnages du film. Et puis ça fait aussi vachement plaisir de voir un film d'horreur qui utilise la caméra portée de façon intelligente, vu qu'elle ne se manifeste que lorsqu'elle se pose en tant que représentation du démon, décrit textuellement dans le film, comme une force incompréhensible et incontrôlable.
Après le film n'est pas exempt de tout défaut, on regrettera par exemple la présence d'un insipide Justin Long (geek McGyver dans Die Hard 4), dans l'absence de caméo de notre ami Bruce Campbell, grand pote du réalisateur, ou dans la fâcheuse tendance qu'a ce bougre de Sam Raimi à s'autociter en renvoyant plusieurs fois à la série des Evil Dead. Des clins d'œil trop nombreux qui en deviennent agaçants.
Mais bon, ceci n'altère en rien l'incroyable qualité de ce film, et ça n'annule pas non plus la pure et simple obligation que chacun se doit d'aller voir ce film en salle, parce que c'est une véritable tuerie !
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