Dimanche 20 septembre 2009 7 20 /09 /2009 11:31

Ma vie pour la tienne     by Nathalie

 

De Nick Cassavetes

 

Avec Cameron Diaz, Abigail Breslin, Sofia Vassilieva, Alec Baldwin

 

J'ai vu pour vous le dernier film de Nick Cassavetes: « Ma vie pour la tienne ». C'est l'histoire d'un couple, décide de concevoir un enfant génétiquement compatible avec leur première fille, Kate, atteinte de leucémie. C'est à l'âge de 11 ans que cette petite dernière attaque ses parents en justice pour demander son émancipation médicale.

Nick Cassavetes nous plombe aà coup de violons et nous tire les larmes des yeux. Malgré un thème intéressant, la mise en scène manque d'originalité pour rendre le film plus fort.

Cependant, pour ceux et celles qui adoooore regarder les gens souffrir face à la maladie, les histoires d'amour tragique à la Roméo et Juliette, les relations mère/fille malsaines et si vous vous en fiché du nombre de mouchoirs utilisé en espace d'une heure et demi, ce film est pour vous.

J'avoue avoir apprécié la séquence où la petite cancéreuse tombe amoureuse d'un autre cancéreux qui succombe de sa maladie pour rejoindre les anges du ciel éternel de la mort sans même avoir dit au revoir à sa moitié.

Donc, malgré un gros plongeon dans le pathos, Cassavetes nous ressort les thèmes du mélodrame à l'origine de plusieurs succès hollywoodiens, à l'image de « Stella Dallas » (1937) pour son rapport mère/fille où la mère sacrifie jusqu'à sa vie (elle a abandonné son métier de brillante avocate) pour sa fille. Le rôle du destin, dont les personnages sont face à la fatalité de la maladie, fait de ce film un mélodrame intéressant dans le fond mais décevant dans la forme.

Je voulais ajouter quand même en point positif, que dans le personnage de la mère envahissante, Cameron Diaz relève le niveau. Enfin un rôle de son âge!!! Ben quoi? Jouer les minettes pseudo agent secret n'est plus de son temps. Mère acharnée et courageuse, de trois enfants, lui va bien (toujours avec un corps sublime, soit dit en passant).

Pour conclure,

Ce que je reproche au réalisateur c'est son manque d'originalité face à ce sujet difficile. Je trouve que ce genre de thème est encore plus fort lorsqu'il est suggéré et non exagéré.

 

 

Tu n’aimeras point     by Tsipy

 

De Haim Tabakman

 

Avec Zohar Strauss, Ran Danker, Ravit Rozen

 

Il pleut, dans une rue de Jérusalem, une boucherie fermée. Un homme, en habit noir, un chapeau de la même couleur. Il force le cadenas de la porte avec un caillou. Une affiche attire l’attention de Aaron : « avis de décès », il la retire délicatement et entre dans le magasin. Une fois à l’interieur, il ramasse un fauteuil et y dépose avec bienveillance l’avis de décès de sa mère. Il nettoie la boucherie et la chambre froide de la viande avariée qui l’habite. Il scotche une nouvelle affiche : « cherche employé ».

Il pleut toujours, un homme, tout de noir vêtu avec un sac, s’approche du magasin pour s’abriter. Il reste un certains temps, les deux hommes s’observent à travers la vitre. L’homme se décide à entrer.

Voilà comment le film s’ouvre : sans dialogue, des plans simple et ces deux acteurs.

Aaron, le boucher est très pieux et dès qu’il termine son travail, il court à la synagogue pour prier et étudier les Ecritures. Il est père de quatre enfants et marié à Rivka. Depuis la mort de sa mère il gère seul, l’entreprise familiale. Aaron prend Ezri comme employé et le loge dans l’arrière boutique. 

Ezri, quant à lui, est jeune et perdu, on comprend vite qu’il a été chassé de sa dernière école talmudique pour avoir eu une liaison avec un de ses camarade qu’il vient retrouver à Jerusalem.

L’attirance entre les deux hommes est immédiate, Aaron est fasciné et l'accueille d'abord avec joie : cette tentation que Dieu leur envoie, c'est l'occasion de la surmonter.  Ezri, lui est au délà et accepte le désir qu’il ressent. Bien qu’enchanté par le défi, Aaron le perd très vite et goûte à la liberté que son milieu lui interdit.

Le réalisateur choisit un héros qui manipule la chair au quotidien. C’est d’ailleurs le leit motiv du film, la chair. Elle s’impose dans un monde où elle est non visible, Tabakman n’hésite pas à filmer de près la viande, les mains, les visages et les actes amoureux des deux hommes nus. Toujours avec pudeur et respect, il filme l’acte homosexuel comme on le voit rarement au cinéma : un acte tendre et bourré de sentiments amoureux.

Il filme dans un Jérusalem structuré de ruelles étroites, toujours sous des pluies diluviennes où les juifs orthodoxes ne sont que des ombres noires à chapeau, sans visages et où toutes les voies semblent être sans issues.  Mais lorsque les deux hommes sont ensemble, la caméra rend aux deux silhouettes noires des visages, qui les différencient de ces pions dictés par des écrits.

Tabakman met en scène l’homosexualité dans un milieu dans lequel elle n’existe même pas. Il explique que son film va être reçu par les juifs orthodoxes comme un long métrage de science fiction. L’homosexualité n’est pas quelque chose de tabou mais elle n’est pas évoquée car elle n’existe pas pour eux. Le fim met en scène l’irréel. C’est assez drôle d’ailleurs, comment le réalisteur se joue de la religion pour en faire son premier avocat. Dans certaines scène, les personnages étudient la torah et ses écritures notamment sur le plaisir et la liberté. Ils en déduisent tous que Dieu ne veut contraindre à l’homme aucun plaisir ni liberté. Aaron en déduit que sa religion lui permet ce virage.

Peu de dialogues, des plans fixes et lents mais on ne s’ennuit pas une seconde. Une histoire banale que l’on peut comparer à celle de Shakespeare : un amour parfait dans un milieu hostile. Le réalisateur pour son premier film, sait manipuler la caméra. Les couleurs sont splendides dans les tons des noirs, gris et doré de la ville de Jérusalem, il joue des ombres et de la lumière. Il ne simplifie rien et ne plonge pas dans du psychologisme navrant, il s’agit là d’un drame plus caché qu’extraordinaire. Les acteur sont splendides et jouent à la perfection. Les deux acteurs principaux, Zohar Strauss et Ran Danker, ont un jeux de regard très intense. Il n’oublie personne et filme aussi un couple marié qui surmonte une difficulté, un rabbin décu de son meilleur disciple, un jeune homme amoureux d’une femme que l’on empêche d’épouser. 

Tabakman met en scène l’irruption de la liberté dans un monde clos et régit par la religion. Ezri ne peut être qu’un courant d’air, un vent de liberté et de fraîcheur dont Aaron avait besoin pour surmonter le decès de sa mère. L’apparition de l’amour dans la vie où c’est la société qui décide de qui doit on être amoureux. Il dénonce les méfaits du fascisme religieux sur l’homosexualité mais aussi sur l’hétérosexualité grâce au personnage de Sarah qui ne peut épouser l’homme qu’elle aime car il ne fait pas partie du même rang social qu’elle.

Tabakman signe ici son premier long métrage et impose son talent. Il dit en parlant du cinéma : " La principale différence entre le divertissement et l'art repose sur le fait que le premier a pour but de faire passer le temps plus vite alors que le deuxième tente de redonner au temps toute sa densité. En donnant de la valeur au temps, le cinéma permet de faire remonter en surface une conscience de ce qui se passe. »

Voilà un réalisateur qui a compris toute l’importance du cinéma et j’attends son second film.

 

 


Par SeBastien - Publié dans : Chaplinomètre
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