La princesse et la grenouille by Vincent
De Ron Clements, John Musker
Avec China Moses, Liane Foly, Anthony Kavahagh
Le Prince Naveen de Maldonia est transformé en grenouille par le Dr. Facilier, un terrifiant magicien vaudou. Afin de retrouver sa forme humaine à l'aide d'un baiser, Naveen décide de trouver une princesse et tombe sur Tiana, qui n'est en fait qu'une jeune serveuse.
Cette erreur de la part du prince Naveen fait que le baiser a pour seul effet de transformer Tiana en grenouille. Tous les deux décident donc de partir dans les marais de la Louisiane à la recherche de Mama Odie, grande prêtresse vaudou aveugle de 197 ans, qui est la seule à pouvoir briser le sort. Dans cette aventure ils seront aidés par Louis, un alligator trompettiste ainsi que par Ray, une luciole désespérément romantique et folle d'amour pour une certaine Evangeline.
Je suis heureux, très heureux, car les studios Disney ont enfin retrouvé leur âme d’antan. Depuis combien d’années n’avions nous pas eu un bon dessin animé 2D sorti tout droit des studios de Mickey ? Je pense que l’on peut remonter au moins à Mulan, ce qui fait plus de dix ans. Dans La Princesse et la Grenouille, les studios Disney se sont attaqués à très vieux conte de la mythologie slave : La Princesse Grenouille. Après quelques modifications pour adapter ce fabuleux conte à leur sauce, les créateurs nous apportent une magnifique histoire comme on les aime. Autant dire que ce film procurera autant de plaisir aux grands qu’aux petits. Cette aventure riche en couleurs nous entraine dans un contexte historique, puisque l’histoire prend place dans un célèbre quartier français de la Nouvelle-Orléans, à l’époque des « années folles ». Sur une musique très jazz, les créateurs nous entraînent dans une aventure qui soulèvent une multitude de thèmes encore inexploités par les studios Disney. A commencer par la première apparition d’une princesse noire, la seule qui n’avait encore jamais eu droit à sa part du chapitre dans la mythologie des studios de notre ami Walt. Attention à ce qui aurait le malheur de dire que ce film est inspiré de la récente nomination de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis, puisque le projet de La Princesse et la Grenouille a débuté il y a 4 ans, donc bien avant les élections américaines. Les studios Disney se sont également penchés sur un nouveau thème de la magie : le vodou. Tout en gardant des thèmes « traditionnels » de la mythologie de Mickey (amour, amitié, etc…), ce film met en avant la musique et appelle le spectateur à une vie équilibrée entre le travail et l’amusement. Bref, un beau message de « comment réussir sa vie ».
Si vous ne l’avez pas vu, ou si vous craignez de perdre votre temps et votre argent pour un dessin animé, laissez-moi vous dire que ce film est une vraie réussite et qu’il mérite d’être vu, histoire de redorer le blason Mickey qui avait perdu son bel éclat depuis plus d’une décennie.
A Serious Man
by Cyril
De Joel et Ethan Cohen
Avec Michael Stuhlbarg, Sari Lennick, Richard Kind, Adam Arkin
Si on devait chercher actuellement réalisateurs plus prolifiques encore que le vieux Clint, on pourrait légitimement se tourner vers ces diables de Coen qui, après une très dense doublette en 2008 composée de No County For Old Men et Burn After Reading, enchaînent avec A Serious man dans un genre encore différent, un genre qui reste encore à cerner, je préviens.
Mais contrairement à l’ex-blondin ratatiné ce ne sera pas pour diriger aux frangins suractifs un doigt accusateur mais plutôt pour apprécier l’honneur qu’ils nous font de gratter nos têtes de cinéphiles aux certitudes une nouvelle fois ébranlées. Mais qui est donc cet homme sérieux, juché en haut d’une toiture, ce bien portant à l’allure gauche que nous montre l’affiche du film et surtout que regarde t-il ? L’homme sérieux est confortablement installé dans la banlieue du Minneapolis de 1967. L’homme sérieux poursuit avec succès sa carrière d’enseignant scientifique dans l’espoir d’une titularisation imminente. L’homme sérieux a construit paisiblement un foyer familial à l’abri du besoin. Mais surtout Larry Gopnik est un juif ordinaire du mid-west fréquentant assidûment sa synagogue et s’apprêtant à célébrer la bar-mitsvah du petit Danny. Danny étant, à 13 ans, un fumeur de marijuana très débrouillard.
Car oui ce tableau idyllique initial a un hic et de taille. En guise de prologue nous assistons à l’évocation d’un conte yiddish totalement dépourvu de liens avec le Minnesota et l’histoire qui va suivre. Un conte absurde où le fantastique se mêle à l’inanité la plus totale. Dans la Pologne du XIXe siècle un vieillard prétendument mort depuis plusieurs années rend visite à un couple dont l’épouse n’entend pas accueillir le démon (dybbouk). Frappé en plein cœur, celui-ci s’en retourne, n’accablant pas plus que ça sa meurtrière, il disparait par la porte laissant le mystère de sa présence total.
Si ce prologue ne renseigne en rien, il possède en tout cas le don de donner le ton. Car oui, le monde de Larry est promis à la ruine pièce par pièce et c’est avec un plaisir délectable et un féroce 1er degré que nous assistons à la destruction des certitudes de Larry. Car au travers du divorce réclamé par sa femme, des menaces d’un étudiant coréen qui tente de l’acheter, d’une famille qui perd la boule, Larry cherche ses réponses dans les signes que pourrait lui donner son dieu, son univers perd toute logique. Dans la bande-annonce qui était déjà un petit chef-d’œuvre, le veuf qui se tape sa femme et lui impose ses conditions de divorce, tente de le raisonner dans un de ses rêves. Mais Larry est perdu, ses seules pensées le portent vers sa bombe sexuelle de voisine.
La force du film est son humour mêlant cynisme et désenchantement. Dans cet univers aseptisé, les rabbins, les rabbins, porteurs de conseils, ne feront successivement qu’épaissir le mystère de Larry. A noter une hilarante scène de dentiste examinant un goy et révélant un message en yiddish à l’intérieur de ses quenottes. Aucune aide palpable dans ce récit longué, rythmé par la guitare stridente de Hendrix, un pur moment de comédie au milieu du chaos.
Vous l’aurez compris difficile de parler de véritable propos mais plus d’une ambiance hantée par la présence de la mort et son inévitable croche patte imbécile. On est finalement pas si loin de la mythologie de Mc Carthy couplé à la misère du Dude.
Au final cette nage entre comédie et thriller, aux racines profondément personnelles, intimement et culturellement, enrobe le film d’une noirceur indéfinissable. Cette recherche constante d’une narration nouvelle sert parfaitement l’humour noir terrible du film toujours accompagnée d’une inquiétude constante. Car même écrasé par des siècles de tradition, Larry doit se rendre à l’évidence, il ne contrôle rien. Il n’est que la contradiction inutilement acharnée du proverbe yiddish qui ouvre le film et que vérifie le dybbouk. « Reçois avec simplicité tout ce qu’il t’arrive. »
City Island
by Tsipy
De Raymond de Felitta
Avec Andy Garcia, Julianna Margulies, Steven Strait
Vince Rizzo est gardien de prison ou plutôt agent pénitencier. Marié depuis 20 années, il éprouve toujours le même amour pour sa femme que le premier jour, Père de deux enfants, son aînée est étudiante en première année et son fils encore au lycée. Tout peut paraître très normal dans cette famille, mais elle a quelque chose de particulier, tout n’est que mensonge. Personne ne se dit la vérité. Pour commencer, ils fument tous en cachette, chaque matin, tout le monde fuit pour aller griller sa première clope ; le fils sur le toit, le père dans la salle de bain, la mère sur la terrasse et la fille dans le jardin. Mais si cela s’arrêtait à cela :
La fille s’est vue supprimer sa bourse, de peur de l’annoncer à ses parents, elle finance ses études en étant stripteaseuse. Le fils fantasme sur les obèses jusqu’à en épier sa voisine. Quant à Vince, il préfère faire croire à sa femme, qu’il va jouer au poker plutôt que lui dire qu’il suit des cours de comédie. Bien sûr sa femme pense qu’il a une maîtresse mais préfère faire semblant de ne pas le voir.
Les repas sont catastrophiques, si ce n’est pas les enfants qui s’insultent, c’est au tour des parents de se dénigrer.
Alors que Vince fait l’appel du soir à la prison, il reconnaît le fils qu’il a abandonné lorsqu’il était jeune. Seule solution de le sortir, une personne de sa famille doit l’héberger. Tony débarque alors dans la famille sans que personne sache qui il est ni même lui. Tout d’abord en tant que spectateur, il finit par se faire une place et découvre les secrets de chacun. Le but de tous, préserver son secret, il faudra le révéler mais le plus tard possible.
Tout le film est un aller-retour entre New-York et la petite ville, d’une façon très rythmé, le réalisateur fait avancer le récit avec des plans simples. Jamais, il va se rapprocher trop près des visages des acteurs, une certaine pudeur est présente et on l’apprécie.
Les acteurs sont tous exceptionnels, la performance d’Andy Garcia est juste et attachante. Tous les acteurs arrivent à nous faire rire et à nous émouvoir dans la même scène, il est pourtant pas facile d’incarner les personnages atypiques du film. À souligné l’interprétation d’Emily Mortimer qui est époustouflante. Un peu dans la veine des comédies sociales (Juno), ce film est sans prétention, il peint une famille enfermée dans ses secrets et l’on peut se retrouver dans certains des secrets.
Un film très court : 1H40, très rythmé et très agréable où l’on ne s’ennuie pas. Raymond De Felitta signe ici sa première réalisation et le fait de façon très bien, une explosion d’émotion inattendue a lieu.
Je regrette notamment les derniers plans où Dieu s’immisce dans l’histoire, nous sommes bien en Amérique et il est dommage que Dieu s’incruste dans cette famille, là où à mon avis il n’avait rien à faire.
In the Air by
Rémi
De Jason Reitman
Avec George Clooney, Anna Kendrick, Jason Bateman, Vera Farminga, Zach Galifianakis, J.K Simmons
J’aime bien les intuitions. Pour moi, elles sont rarement trompeuses et je peux ainsi souvent me fier à ce sixième sens cinématographique pour éviter de tomber dans les pièges de la médiocrité. Seulement, écouter son intuition peut parfois être plus difficile et il faut des fois l’aide du film lui-même pour vous prévenir du danger. En effet, j’ai beau adorer Tony Scott, j’ai volontairement esquivé L’attaque du métro 123, intuition salvatrice qui m’a surement permis de conserver ce réalisateur dans mon estime. Fort d’un précédent aussi exceptionnel que l’était Juno, il était certain que j’irais voir le prochain film de Jason Reitman les yeux fermés mais également l’oreille sourde à cette petite voix qui avait commencé à se faire entendre depuis quelques temps, répétant inlassablement : « Ca sent un petit peu la merde. » Il est triste d’avouer qu’encore une fois, elle ne s’était pas trompée. Sans être une immonde bouse, il faut admettre qu’In The Air marquera la carrière du fils d’Ivan Reitman comme un décollage raté dans le monde des grosses productions.
Il existe plusieurs raisons à cet échec. La première se situe dans le scénario, puisqu’il se construit en s’éloignant de plus en plus de son très intéressant sujet de fond (à savoir l’importance du travail dans la société actuelle et le désarroi provoqué par un licenciement, surtout quand ce dernier semble annihiler l’humanité de la personne concernée) pour se centrer sur son personnage principal, qui s’il est plutôt sympathique au demeurant, présente une psychologie aussi opaque qu’une plaque de plexiglas. Personnage sans surprise, Ryan Bingham est également sans saveur car interprété par un George Clooney de plus en plus cabot (ce qui reste regrettable pour un acteur qui a du chien). On a donc la désagréable impression d’avoir assisté à une célèbre pub dans une version de deux heures, et croyez-moi le café laisse finalement un goût plutôt amer. Le film constitue d’ailleurs une véritable publicité de deux heures, mais pour les compagnies Hilton, Hertz et surtout American Airlines, dont le partenariat a permis à Jason Reitman d’obtenir les autorisations de tournage dans les aéroports. Le placement produit l’emporte ainsi sur les acteurs, qui sont malheureusement tous abonnés à des rôles hyper-caricaturaux, en particulier Jason Bateman dans le tout petit costume du patron déconneur et incompétent. Les deux principaux rôles féminins n’arrangent rien, en particulier celui interprété par Anna Kendrick, sorte de peste arriviste mais sympa quand même.
N’y aurait-il donc rien à sauver ? Si, et même le principal puisque malgré une histoire en bois, le réalisateur nous livre une mise en scène punchy et efficace, tout en sachant se laisser aller à la contemplation dans les moments plus posées. Le générique représente d’ailleurs de ce point de vue un vrai plaisir. En effet, ce dernier est constitué de splitscreens réussis de vues aériennes sur une musique funky, rendant ainsi ces images cool et plaisantes, chose que nous ne croyions plus possible depuis Yann Arthus-Bertrand. Dans le même ordre d’idée, la présence de plan hyper serrés et récurrent mettent parfaitement en avant ce cérémonial, ce rituel codifié de Ryan à chacun de ses voyages. Autre bon point, si l’humour est parfois franchement lourd (en particulier avec le personnage de Jason Bateman), il lui arrive de connaitre aussi des bons moments d’autodérision et d’absurde, en particulier la ridicule philosophie de sac-à-dos, philosophie tellement bidon que même son auteur finira par ne plus y croire, ce qui se voyait néanmoins comme le nez au milieu de la figure depuis trois bon quarts d’heure. Si Ryan traverse les Etats-Unis sans jamais véritablement se poser, In The Air reprend la même trajectoire, papillonnant de droite à gauche entre comédie absurde, comédie romantique et drame tout en survolant copieusement son sujet le plus pertinent, le licenciement économique. Les seules escales de Jason Reitman dans cette ville désolée sont pourtant remarquables, au confluent du documentaire et de la fiction, avec de vrais licenciés cherchant à comprendre ce qu’il leur arrive.
En conclusion, je dois bien admettre que j’ai bien cru que mon intuition s’était cette fois-ci fourvoyée lorsque le film a débuté. Bonne musique, mise en scène inspirée, personnage atypique. Seulement voilà, In The Air est un long courrier qui explose en plein vol au-dessus des eaux troubles du mélo pour s’enfoncer dans le triangle des Bermudes de la comédie romantique à deux dollars. Malgré une dernière tentative de Jason Reitman de redresser l’appareil, c’est trop peu trop tard, comme dirait George Eddy. En bref et pour continuer à paraphraser la superstar des commentateurs sportifs, In The Air ressemble plus à un double-pas de grand-mère qu’à un shoot stratosphérique.