Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /2010 16:52

 

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Liberté    by Cyril

 

De Tony Gatlif

 


Avec Marc Lavoine, Marie Josée Croze, James Thiérée

Au sein d'une actualité ultra-chargée, un peu plombée par les nouveaux films des superstars de l'ex-nouvel Hollywood Scorsese et Polanski, émerge la nouveau œuvre du gitan buriné, Tony Gatlif. Dans un nouvel exercice pour lui, pour lequel il s'est de nouveau mis à l'épreuve puisqu'il signe un premier film historique, sobrement intitulé Liberté et qui a pour contexte des conséquences précises de la déjà-ultra visité-deuxième guerre en France, précédant en cela le-déjà-regrettable, je retiens mon venin sur celui-ci, chaque chose en son temps, La Rafle. Un sujet qui peut prêter au bégaiement donc étant donné la forte production passée et donc présente qu'il a suscité.

Mais le Gatlif compositeur a l'oreille musicale et c'est d'avantage une baffe aux canons moralisateurs recasés qu'il administre en évoquant un fragment d'Histoire pas seulement oublié mais surtout totalement ignoré.

Le film de Gatlif s'installe dans la campagne française dite « libre » de 1942, alors que l'état français de Vichy tente de faire respecter sa nouvelle législation et notamment sa difficile application sur le peuple gitan qui se retrouve au milieu d'une guerre à laquelle ils n'ont jamais pris part mais dont ils vont être les victimes collatérales. La principale loi à laquelle est tenue la population est l'adresse fixe qu'elle doit délivrer aux autorités afin de pouvoir être localisée rapidement. Gatlif par son origine apparaît le témoin idéal pour raconter ces pérégrinations contrariées, révélateur d'un besoin de vivre supérieur, que le titre exutoire évoque. Le premier plan ainsi est sublime.

D'épais fils barbelés, rappelant les camps nazis, sont agités hors champ alors que des notes, tristement accordées au mouvement, murmure la plainte de la séquestration de leur auteur. Sublime. La suite nous entraine évidemment sur les routes. Il est question d'une fuite perpétuelle, d'un orphelin qui a quitter l'assistance sociale ,de survie, d'un couple de français résolu à ne pas accepter l'acharnement de la milice à enfermer ce clan dans les camps où s'entasse leur peuple. Et au milieu de ce tableau entendu, la bouillonnante vie du clan. Car la véritable valeur du film est d'avoir réussi à extraire cex moment de vie alors que les tziganes n'ont jamais construit de transmission à leur histoire, en effet ceux-ci brûlent tout ce qui appartient aux morts, par crainte du démon.

Une histoire similaire accompagne le récit de la mort de Django Reinhardt, à qui on avait brulé tout le travail qu'il avait commencé mais n'avait pu finir. Seul son statut de génie incontesté a permis de conserver le reste de ses affaires. On prend également connaissance de l'existence des fiches anthropométriques. De 1912 à 1969, la population tziganes était référencée, photos et écrits à l'appuie afin de connaître leur déplacement et leur activité. Un réglemente infecte, pas si lointain, dont on veut encore aujourd'hui nous offrir dans les narines les relents déplorables. Difficile de ne pas parler ainsi de film engagé! Le personnage symptomatique de James Thiérrée, Taloche, pourtant le seul acteur non rom du clan, éclabousse sa folie aux quatre coins du pays qu'il habite.

Quand il pénètre dans la maison cossue des français, il ouvre les robinets pour libérer l'eau qu'il voit prisonnière, une obsession de l'indépendance qui finit tragiquement. James Thiérrée, petit fils de Charly Chaplin dont il est possible de remarquer l'affiliation, d'ailleurs le personnage de Charlot n'est pas loin de ce caractère extravagant et foncièrement libre. Fatalement les deux français ont l'air totalement étrangers à l'action, leur courage ne révélant rien d'autre qu'une passivité muée en héroïsme par une culpabilité un peu bête. Ce film finalement consolide Gatlif comme le cinéaste de l'anti-misérabilisme, celui de l'anti contre-plongée, un vrai faux documentariste. 

C'est donc un très beau film, avant tout sincère et avec un cœur énorme que nous offre Gatlif. Peut être pas son plus mémorable mais auquel on peut confier la valeur de témoignage d'un destin méconnu, souvent transmis par les bourreaux. Ce qui rend Liberté d'autant plus nécessaire.


 

 

4chap-avec-affiche-copieshutterisland.jpg Shutter Island    by Vincent

 

De Martin Scorsese

 

Avec Leonardo Dicaprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley

 


En 1954, le marshal Teddy Daniels et son équipier Chuck Aule sont envoyés enquêter sur l’île de Shutter Island, dans un hôpital psychiatrique où sont internés de dangereux criminels. L’une des patientes, Rachel Solando, a mystérieusement disparue. Le seul indice retrouvé dans se cellule est une feuille de papier sur laquelle est inscrite une suite de chiffres et de lettres, sans signification apparente. Daniels va alors tenter d’éclaircir les agissements étranges perpétrés sur l’île, mais il va également devoir faire face à ses démons…

            D’abord annoncé pour début octobre 2009 au cinéma, puis repoussé jusqu’en février 2010, alors que sa production s’est achevée en 2008, le petit dernier de la famille Scorsese montre enfin le bout de son nez. Et c’est avec impatience que l’on attendait le retour du  fameux tandem Scorsese-DiCaprio, désormais culte depuis Aviator et Gangs of New-York. Et je dois dire que, pour ma part, je ne suis pas déçu.

Tout d’abord, il faut dire que l’affiche était plutôt alléchante, puisqu’elle proposait un casting particulièrement fournit. J’attaque peut-être un petit peu brutalement en rentrant aussi vite dans le vif du sujet, mais pendant qu’on en est au casting, autant y aller franchement. A commencer par le sieur DiCaprio, qui, une fois de plus, crève l’écran dans son rôle de marshal perturbé, torturé par un passé qui le rattrape… Malheureusement, je ne peux pas en dire plus, sous peine de vous infliger un terrible spoiler qui pourrait bien vous gâcher la séance. Enfin bref, tout ça pour dire que DiCaprio fait encore des merveilles (à mon sens) et qu’il n’est pas près de tomber dans l’oubli aussi facilement. Le reste du casting également apparaître 4 grands noms du cinéma, qui malheureusement sont assez méconnus du grand public. A commencer par Mark Ruffalo (Windtalkers, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Zodiac), qui interprète l’équipier de Leonardo DiCaprio. On retrouve également Ben Kingsley (Suspect Zero et Oliver Twist) et Max von Sydow (Minority Report, L'exorciste, Le Scaphandre et le Papillon, Un homme et son chien) dans des rôles de psychiatres troublants, enfin, la touche féminine du film avec Michelle Williams (Brokeback Mountain) dans le rôle de la défunte femme du marshal Daniels.

            Venons-en au scénario. Ce dernier est adapté d’un roman de Dennis Lehane, qui a déjà vu 2 de ses œuvres adaptés sur  grand écran : Gone Baby Gone et Mystic River. Certes, dans Shutter Island, il n’y a pas de quoi tomber par terre. Rien d’innovant, rien d’original. Mais il faut quand même avouer que le film de Scorsese a de quoi vous retourner la tête un certain nombre de fois. Les personnages sont très travaillés, ambigus, voire carrément décalées par moments, mais, après tout, on en dans le monde de la psychiatrie ! Bref, l’ambiance est au rendez-vous, et certaines scènes sont tout simplement exceptionnelles tant l’ambiance est malsaine. De plus, les décors offrent un aperçu extrêmement réaliste du milieu carcéral en hôpital psychiatrique, au milieu des années 50. Pour info, le film a été tourné dans un véritable hôpital désaffecté du Massachussetts.

Pour ce qui est de la mise en scène, j’ai trouvé cela très intéressant. Scorsese a parfaitement su la mettre en adéquation avec le scénario. Seul hic, les effets spéciaux traités en images de synthèses qui se distinguent très nettement à l’écran et qui mettent en évidence l’utilisation des fonds verts par moments.

            En somme, je vous conseille vivement d’aller voir Shutter Island sur grand écran. En attendant le prochain Scorsese, celui cale aisément la dent creuse (même s’il ne s’agit pas du meilleur de sa filmographie, loin de là). Mes avis qu’une prochaine coopération entre le réalisateur et l’acteur ne devrait pas tarder…



 

1-chap-avec-afficheasingleman.jpg A Single man    by Rémi


De Tom Ford

 

Avec Colin Firth, Julianne Moore, Nicolas Hoult

 


            Si elle n’est pas forcément connue du grand public, la relation entre la mode et le cinéma existe bel et bien et autrement que part l’entremise de couturiers célèbres créant les costumes pour une œuvre cinématographique. En effet, cette relation est beaucoup plus profonde, à vrai dire elle l’est pratiquement autant que celle entre publicité et cinéma, la mode passant régulièrement par ce médium particulier tout en piochant dans le réservoir cinématographique, en l’occurrence tout un panel de réalisateurs allant de l’illustre inconnu au vieux routard du métier. Bien que la plupart des grandes maisons aient choisi de promouvoir leur ligne cosmétique plus que leur ligne prêt-à-non-porter-a-moins-que-vous-sortiez-des-camps, certaines d’entre elle ont en revanche prolongé cette étroite collaboration avec le cinéma, allant jusqu'à financé des courts-métrages dans lesquels n’apparaissent de ce fait que leur griffe. Posons maintenant un postulat de départ simple mais pourtant non évident : la haute-couture fait partie de la grande famille des arts, peut-être pas au même titre que le cinéma, mais quand même. Ainsi, quand Tom Ford, styliste et créateur de mode, passe derrière la caméra pour un long métrage, devons-nous redouter que naisse de cette incestueuse relation un rejeton pas tout-à-fait fini voir même carrément monstrueux ? Et bien sachez qu’il faut savoir s’alarmer plutôt deux fois qu’une tant le bien né A Single Man est un ramassis d’immondices et préfigure pour Tom Ford une filmographie avec a single movie, ou tout de moins je l’espère.

 

            Que dire face à une telle débauche d’incompétences, face à un tel festival de nullités alors que les trois quarts de la presse spécialisé soutient le film ? Aurais-je était le seul à voir que Tom Ford est un écolier brouillon dont les leçons trop vite et trop mal apprises font de son récital une rédaction d’une heure quarante sans la moindre idée et où trois pauvres figures de styles répétées à outrance ne font que rendre encore moins digeste ce sombre navet qu’est A Single Man ? Et bien tant pis, s’il n’en reste qu’un, je serais celui-là. Premièrement parce que récompensé Colin Firth qui prolonge ici son coming out entrevue dans Mamma Mia !, c’est avant tout de la politique, c’est donner un os à ronger au chien avant qu’il vous bouffe. J’ai beau apprécié Colin Firth, le pousser à persévérer dans des rôles aussi plats est juste condamnable. Et j’entends déjà les cris de la meute venant me chercher. Mais voyons, ce professeur d’université bien sous tout rapport ayant perdu son compagnon il y huit mois n’a pas de profondeur. Cette dernière n’est qu’un trompe-l’œil peint sur la surface lisse et plane qu’est réellement le personnage de George Falconer. Fade à en pleurer, il fallait forcément que ce dernier soit homosexuel, histoire de bien rajouter un nœud dramatique, mais vous savez, un de ces nœuds de magicien. On souffle et hop, y’a plus de nœud. Je ne m’étendrais pas plus sur les acteurs, hormis peut-être la performance pitoyable de Julianne Moore qui joue faux de bout en bout et le plaisir que j’ai eu de voir Lee Pace, ce dernier tenant à peu près ces 20 secondes face caméra. Il en effet désormais d’attaquer le nœud du problème, en l’occurrence Tom Ford, et croyez-moi, cette fois-ci souffler dessus ne suffira pas à le faire disparaitre. La mise en scène est inexistante ou outrageusement voyante, pour la simple et bonne raison que Ford possède une iconographie de publiciste (rapport avec l’introduction). On a donc droit à des scènes bien ralenties, bien dramatisées à grand renforts de musique classique (souvent en totale inadéquation avec l’image) et l’on s’imagine ainsi voir débarquer en bas de l’écran un logo de parfum toute les cinq minutes. Ce cher Ford est tellement soumis aux lois de la pub qu’il va même jusqu’à faire du playboy Levi’s (jean slim, petit t-shirt blanc, cigarette) la représentation absolue du désir homosexuel, du fantasme parfait. Si nous avons donc d’un côté l’écœurant Tom le styliste, de l’autre c’est Tommy le simplet qui est aux manettes, ce dernier ne nous épargnant rien, de la scène « comique » dans les toilettes aux plans d’horloges récurrents et inutiles. Enfin, une petite ligne sur le scénario qui n’est pas en reste (totalement réécrit par Tom Ford), avec par exemple des dialogues existentialistes qui frôlent la philosophie de sous-sol et une fin, mais alors une fin absolument scandaleuse, ce qui soit-dit en passant, est ainsi raccord avec le début, et puis aussi le milieu tant qu’à faire.

 

            Voilà, le facétieux trublion que je suis aurait sans doute put résumer le premier film de Tom Ford en disant qu’il était Gucci-gucca. Mais je préfère vous dire que ce film, récompensé à la Mostra du Queer Lion (prix décerné par un jury parallèle au meilleur film traitant de l'homosexualité) m’a tout de même laissé une phrase. George Falconer, dans un grand moment lyrique, nous confie qu’il aime ces moments de lucidité où tout est juste, où tout est clair. Je regrette sincèrement de ne pas avoir vécu un de ces moments quand j’achetais ma place.

 

 

 

 

 

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Par Etienne - Publié dans : Chaplinomètre - Communauté : Cinéma, Cinémaaa
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