Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /2010 16:55

4chap-avec-affichebrightstar.jpg Bright Star   by Cyril

 

De Jane Campion

 

Avec Abbie Cornish, Ben Wishaw, Paul Schneider

 

Le nouveau film de la réalisatrice néo-zélandaise que l’on avait plus vu depuis In The Cut en 2003. Campion qui reste à ce jour la seule femme à avoir reçu la palme d’or, c’était pour La leçon de piano en 93 et qui nous revient avec le récit des dernières années de la vie du poète romantique anglais John Keats et de l’éclatant amour qu’il vécut avec Fanny Brawne, une jeune bourgeoise qui deviendra sa muse et qui est passée maître dans l’art de la couture et de la mode. Ce dernier point pourrait s’avérer un détail mais dans Bright Star les détails ont valeurs d’oracles, de moyen d’expression le plus pur.

Je m’explique, l’Angleterre de 1817 c’est le pays de Dickens où la condition sociale est un héritage familial. Keats est orphelin et désœuvré, il vit auprès de son ami, lui-même poète, Charles Brown duquel il dépend et qui le considère à ses cotés car il est au fait de son talent. Or ce n’est pas le cas de tous, le poète anglais dans son entité à l’époque, a un statut particulier. Les mots sont chéris plus que tout, la création nécessite un état de quiétude qu’il ne faut pas troubler, les critiques pèsent lourdement sur la réussite d’un artiste.

Keats n’étant pas reconnu à la mesure de sa postérité, l’écriture devient une nécessité chez lui et son infortune le contraint à la vie de bohème. Fanny Brawne, fille de famille aisée tombe sous le charme un peu enfantin de Keats mais rien n’est montré de ce moment. Chaque palpitation et élans du cœur n’est pas l’objet d’une exubérance mais plutôt un fardeau à porter tantôt lourd tantôt plus léger, tout est vécu à travers les sensations physiques et visuelles que leur procure leur environnement.

Les plus belles scènes du film sont silencieuses, le vent qui soulève le rideau de la chambre de Fanny, étendue, et ballait les plis de sa robe ; Keats qui se hisse au sommet d’un arbre pour s’allonger sur sa cime. Ces moments de pur félicité ne sont pas gratuits, ils ne sont que le répit d’un amour continuellement en sursis. Marqué par la convention financière que je citais et les limites de la sensibilisation au Beau, qui serait innée chez le poète, Fanny comprend l’impossibilité de son apprentissage.

Le personnage de Brown est symptomatique de cet état de solitude, inhérent au poète, cet intime échange avec le monde qui le prive de sa liberté ordinaire. Brown agace tout le long du film, il irrite par son coté pédant qui écarte Fanny de leur compagnie pour privilégier leur création. Il ne voit en la demoiselle qu’un amusement paresseux de Keats. Or à la fin du film il trahit auprès d’elle l’amour profond et sincère qu’il portait à son compagnon et fait tomber le cynisme de façade qu’il démontrait jusque alors.

Brown est joué par Paul Schneider, extraordinaire comédien tout en contradictions et que l’on avait déjà vu dans le Jesse James d’Andrew Dominik. Parlons-en justement de la distribution, Ben Wishaw, le Jean-Baptiste Grenouille de Süskind qui, après I’m not there et son incarnation d’Arthur Rimbaud, reprend le rôle d’un poète maudit avec réussite. Du coté féminin Abbie Cornish est également très juste en Fanny Brawne, mais paradoxalement ce sont les ainés, cantonnés aux seconds rôles qui obsèdent. Paul Schneider mais également Kerry Fox, tenant le rôle de la mère de Fanny, est troublante.

Personnage ambiguë qui retient sa fille de ce Keats sans argent et la laisse se consumer quand elle sait Keats condamné, tout cela malgré toute la bienveillance qu’elle accorde à ce dernier.

Alors oui je me perds en éloges, les bémols seraient vicieux mais ils se trouvent en cherchant bien. Le rythme du récit, posé, contient cette contemplation un peu béate et la multiplication des plans sublimes noie un peu le poisson. La règle tacite actuelle qui veut qu’un grand film fasse ses deux heures ne joue pas vraiment en faveur de celui-ci.  Voit-on aujourd’hui souvent une histoire d’amour sans sexe ou seules surgissent fugacement dans cette passion quelques baisers mesurés.

Un peu de mauvaise foi pour calmer l’enivrante récréation de cette sortie, peu être le meilleur film de ce début d’année et qui entraine un constat en forme d’interrogation. Le film d’époque serait-t-il le mieux à même de relayer ce mysticisme de l’amour, délesté de la complexité contemporaine et de ses chimères.  Car s’il ne vous touche pas au cœur, dévorez tout de même ce Bright Star des yeux, l’un de ses arguments incontestables.

 

 

 


 


3chap-avec-affiche-le-livre-deli.jpg Le Livre d’Eli     by Vincent

 

De Albert Hugues et Allen Hugues

 

Avec Denzel Washington, Mila Kunis, Gary Oldman

 

Dans un futur proche, le monde n'est plus qu'une terre désolée dont les villes sont des ruines et les routes autant de pièges infestés de bandes criminelles. Depuis des années, Eli voyage seul, se protégeant des attaques et se battant pour trouver de quoi survivre. Mais plus que ça, Eli protège un précieux livre depuis plus de 30 ans, au péril de sa vie. Lorsqu'il arrive dans ce qui fut autrefois la Californie, Eli se heurte au redoutable Carnegie, un homme qui ne recule devant rien pour imposer sa volonté à la petite communauté qu'il contrôle. Eli fait aussi la connaissance de la belle Solara et découvre que Carnegie compte bien étendre sa domination à toute la région. Mais ce dernier, en découvrant l’existence du livre d’Eli, décide de mettre tout en œuvre pour se l’approprier…


            Entre Mad Max et Ken, le Survivant, le dernier film des frères Hughes ne mérite pas les huées de la presse écrite. Certes ce n’est pas le film de l’année, mais de là à dire qu’il est mauvais, il y a une marge. Le Livre d’Eli est le cinquième film des frères Hughes, dont le dernier succès en date est From Hell avec Johnny Depp. L’action du film se déroule dans un futur alternatif proche, sur un Terre ravagée depuis une trentaine d’années. On en apprend peut sur les origines de la guerre qui aurait provoquée le « Flash » qui dévasta la Terre. C’est d’ailleurs un des points forts du film : le mystère sur les évènements qui ont réduits la planète à cet état désertique. Les dialogues évoquent vaguement la dévastation de la planète par une guerre qui aurait « ouvert le ciel », ce qui aurait anéantit la quasi-totalité de l’espèce humaine. Rares sont les survivants du Cataclysme. D’ailleurs, on apprend qu’il reste très peu de « gens d’avant ». Les personnages incarnés par Denzel Washington et Gary Oldman, sont des survivants de cette catastrophe. Le scénario est donc très travaillé, surtout sur la mise en place de la nouvelle civilisation humaine et la remise en question de l’homme quand à son rapport avec son entourage. Cependant, le film pêche par son côté parfois trop moralisateur quant à nos comportements actuels (gâchis de nourriture et de matières premières) et surtout par son côté ultra américain-conservateur religieux. A mon sens, c’est le seul gros point faible du scénario. Ce qui est d’ailleurs dommage, car sans ce côté chrétien, le film serait excellent. Afin de ne pas spoiler, je n’en dis pas plus.

           Du côté de la mise en scène et de la réalisation, le film est tout simplement magnifique. Les frères Hughes se sont appliqués à produire une image dure et froide, en adéquation avec le mythe du film. L’image est terne, ce qui renforce le côté post-apocalyptique du film. On est à un niveau bien au-delà de Mad Max. Ajoutez à cela de superbes plans d’ensemble et plans séquences. Les scènes d’action ne sont pas très nombreuses, ni très longues, ce qui permet au spectateur d’apprécier l’histoire à sa juste valeur. On regrettera seulement quelques scènes trop dans l’esprit américain, à mon goût. En gros, on peut dire que Jason Statham n’aurait jamais eu sa place dans un tel film.

De plus, les décors sont très réussis. Le film fait presque penser à une BD tant le rendu graphique a été travaillé.

           Passons maintenant du côté des acteurs pour retrouver un Denzel Washington encore une fois remarquable. On sent qu’il est imprégné du personnage. Dommage que le côté religieux de son personnage vienne ternir sa prestation. De son côté, Gary Oldman fait encore des merveilles dans son rôle de méchant calculateur ambitieux et perfide. A croire que cet homme est né pour incarner les forces du Mal. En revanche, Mila Kunis ne crève pas l’écran. Elle s’en tient à son modeste rôle, ni plus, ni moins et paraît même décevante en tout fin de film lorsqu’elle doit reprendre le flambeau d’Eli. Mais on admettra tout de même qu’elle a un joli minois. Enfin, c’est avec plaisir, lors d’une scène de règlement de compte à O.K. Corral, que l’on retrouve l’acteur Michael Gambon et l’actrice Frances de la Tour, que l’on a pu voir dans les Harry Potter.


            Voilà pour ce film. Le Livre d’Eli est un donc un bon film de SF qui pourrait très bien relancer le genre du « western post-apocalyptique », pour le plus grand bonheur des fans du genre (dont je fais partie). Seul point négatif : l’empreinte ultra-américaine, qui décidément pourri tout à chaque fois qu’on y a affaire.

 

 

 

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Par Etienne - Publié dans : Chaplinomètre
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