Je vous avez laissé plein d’espoir le mois dernier, l’espoir d’enfin voir en octobre la rentrée cinématographique qui nous avez tant fait défaut en septembre alors que nos chères têtes blondes pleuraient à gros bouillon dans les jupons de leur mères, elles-mêmes émues aux larmes de voir l’oisillon quitter le nid si tôt, de le voir entamer trop tôt son parcours du combattant vers l’éducation, vers l’avenir, vers la vie. A l’instar de ces femmes au combien admirables, je pleure. Oui je pleure parce que le monde est trop dur et que l’espoir ni changera rien. Non, cette année encore, la rentrée du cinéma ce n’est pas pour tout de suite, en tout cas pas dans la presse spécialisée. A mon avis, cela ne sert à rien d’espérer pour novembre, mais on a peut-être une chance en janvier. Comme tout mauvais élève qui se respecte, la presse arrive donc toujours quand la cloche a sonné depuis cinq minutes. Ce mois-ci, les diplômés du dernier rang qui ont failli à l’examen d’entrée sont les très suffisants Cahiers du Cinéma (dans le sens « Eh, regarde-moi », mais pas le sens « S’il-te-plait, pitié, regarde-moi ». Plus le sens «Impressionnée hein ? Tu peux regarder, et même toucher si tu veux »), le petit gros MadMovies qui a des capacités mais qui a fait français quatrième langue et enfin le cancre des cancres, le Ang Lee, le Joaquin Phoenix (pas l’acteur, le chanteur), pour faire court le Première en commençant par la fin.
Mais commençons plutôt par le début et plus précisément ce qui fait le chou gras de la presse ce mois-ci, en l’occurrence la dernière Palme d’Or cannoise du très prise de chou réalisateur autrichien Michael Haneke. Cependant, Le ruban blanc ne sert pas qu’à marquer la pureté des jeunes enfants puisqu’il semble également bâillonner son réalisateur, ce dernier, déjà peu loquace, n’ayant décidé de ne répondre qu’aux journalistes de Première. Cela dit, ce choix reste tout de même cohérent puisque après tout, quand on n’a pas envie de parler cinéma, c’est toujours à Première qu’il faut s’adresser. Petites preuves à l’appui, juste comme ça, pour le plaisir. Riche d’une nouvelle maquette depuis la rentrée (je suppose), ce fantastique magazine nous propose désormais une sorte d’interview vérité, où la langue de bois n’est pas permise et où les journalistes posent les questions qui dérangent, prouvant ainsi à tous ceux qui en douteraient que pour eux, journaliste est plus qu’un simple métier, c’est un véritable sacerdoce. Nommé L’interview téléphonée, ce petit bijou d’investigation exposé sur un tiers de page consiste à appeler un intermittent du spectacle (acteur, réalisateur, producteur, maquilleuse, traiteur, chauffeur, … bref, tous les gens qui comptent dans ce milieu) pour recueillir la substantifique moelle de son propos en rapport avec son manque quasi total d’actualité. Ce mois-ci, à l’occasion de la sortie d’OSS 117 : Rio ne répond plus en DVD, c’est donc Louise Monot qui répond à l’insolent et frondeur Mathieu Carratier. Et ce dernier fait tout de suite très mal avec sa première question : « T’es où ? » (« Oui, parce que moi je tutoyais tout le monde avant Karl Zéro, ce sale voleur » M.C.). Je vous épargne le reste, mais sachez que si vous voulez savoir ce qu’aurait répondu la sublime Louise à une enquête menée par son opérateur téléphonique (« Ta sonnerie de portable ? Ton fond d’écran ? Forfait bloqué ou hors forfait ? »), et bien Première et Mathieu Carratier sont faits pour vous.
Mais revenons plutôt à l’autre évènement de ce mois-ci, c’est-à-dire Funny People. Il était en effet impossible de passer à côté du phénomène comique de la décennie, Judd Apatow, et nous fêtons d’ailleurs cette année les dix ans de son œuvre fondatrice : l’excellente mais incomprise série Freaks and Geeks, qui a révélée entre autres James Franco, Jason Segel, Samm Levine et bien sûr Seth Rogen, en couverture du numéro d’octobre des Cahiers du Cinéma. Mais la tristesse a vite remplacé l’allégresse dans mon cœur puisqu’il s’agit en fait d’une couverture en relation avec un dossier concept : le dossier à charges. En effet, si les Cahiers offre un très large dossier sur Apatow et son humour, ce n’est que pour tout démonter point par point, de l’humour à l’attachement familial en passant par l’idéologie. Le plus dramatique est que si leur point de vue est profondément daté et aigri, il n’en reste pas moins argumenté, preuve une fois encore que le cinéma reste avant tout en art de l’interprétation (celle des acteurs, mais aussi celle des spectateurs). Il est à noter que cette lecture fut donc mouvementée mais surtout de ce fait constitutive d’un tout nouveau sport : le lancer de revue. Dès que vous sentez l’indignation monter à la lecture d’un magazine quel qu’il soit, vous le refermer alors violement et le lancer d’un geste rageur en direction de l’ouverture la plus proche tout en ponctuant le geste d’une injection verbale, du genre « Scandale ! ». Ce sport peut se pratiquer n’importe où et entre amis (et dans ce cas là le sport devient collectif, puisque l’autre peut attraper le magazine au vol, trouver le sujet d’indignation et le retourner à l’envoyeur), avec tout de même une préférence pour les salles d’attente de cabinet médical, qui sont au lancer de magazine ce que le Camp Nou est au football. Si dans la filmo Apatow, seul Sans Sarah, rien ne va ! trouve grâce aux yeux des Cahiers, la rédaction se rattrape et évite une nouvelle séance de lancer de revue avec un joli dossier sur Fellini et la redécouverte de son cinéma cinquante ans après La dolce vita. Mais s’il ne devait rester qu’un dossier voir qu’un magazine ce mois-ci, ce serait sans doute MadMovies avec son dossier consacré à … Avatar. Et oui, quand on vous dit que la rentrée ce n’est pas pour tout de suite. Délaissé par l’actualité du cinéma de genre (juste le corps de Megan Fox à se mettre sous la canine) et honteux de leur mini-dossier du mois dernier, les allumés de MadMovies rattrapent le tir avec un dossier gigantesque et ultra intéressant sur ce qui serra peut-être une révolution. En effet, si l’on comprend bien que James Cameron a mis quatre de sa vie dans un projet qui devient (enfin !) alléchant, la révolution cinématographique tant espérée n’aura véritablement lieu que dans les salles diffusant le format 3D IMAX, c'est-à-dire aucune en France actuellement mis à part la salle de projection du Futuroscope. Qui aurait cru que la révolution démarrerait à Poitiers ?
Vous l’aurez compris, encore un mois bien terne du côté de la presse spécialisée, limite en noir et blanc, presque pour rendre hommage à la dernière Palme d’Or. Cela dit, je tire mon chapeau à l’équipe de MadMovies, qui m’a enfin donner envie de voir Avatar (et rien que ça, ça mérite une médaille) et qui surtout s’affirme de plus en plus comme un indispensable au côté du sémillant et royal Positif. Enfin, il reste encore deux mois à patienter avant Noël, alors pour vous faire attendre, laissez moi vous offrir un petit cadeau en forme de devinette. Comment pourrait-on bien décrire l’explosion soudaine d’un artiste à qui tout réussi depuis un certain Bienvenue chez les Ch’tis ? Je crois que le magazine Première a une idée : Dany Boom. Tient, il me semble entendre le bruit de millier de lanceurs de revue en plein effort. A dans un mois.