Vendredi 15 janvier 2010 5 15 /01 /2010 16:45

editoarticle.gif Pendant Ce Temps Là, lundi matin s’éteignait Eric Rohmer à l’âge de 89 ans.

Il était né un 21 Mars dans une région fort reculée, Tulle en corrèze.

Cinéaste très français, il était aussi l'un des plus célèbres et des plus célébrés hors de nos frontières. Il laisse une œuvre à nulle autre pareille, loin des clichés qui lui sont associés. Il prend en fait souvent pour cadre la province, le bord de mer ou la campagne.

Jeune professeur de lettres à Vierzon, Jean-Marie Maurice Schérer de son état publie en 1946 un roman, Elisabeth, sous le pseudonyme de Gilbert Cordier.

Directeur en 1950 de La Gazette du cinéma et animateur au Ciné-Club du Quartier Latin, il fait alors la connaissance de Jean-Luc Godard, de Jacques Rivette, François Truffaut ou encore de Claude Chabrol avec lequel il signe en 1955 un livre sur Alfred Hitchcock. Ce groupe de futurs réalisateurs intègre rapidement les Cahiers du cinéma, dont Rohmer sera rédacteur en chef de 1957 à 1963. Aîné de la bande, il est le premier à passer à la mise en scène, en 1950, avec le court-métrage Journal d’un scélérat.

Mais c'est seulement en 1959 qu'il réalise son premier long, Le signe du Lion, sorti sans succès trois ans plus tard. En 1962, il crée avec Barbet Schroeder, la société Les Films du Losange, qui produira la majorité de ses films.

La même année, il entame un cycle baptisé Contes Moraux. On trouve dans ces intrigues sentimentales les thèmes chers au cinéaste (la tentation de l'infidélité, le destin) ainsi que le style qui fera sa marque, entre légèreté et sophistication, dialogues littéraires et mise en scène épurée mais souveraine.

Ma nuit chez Maud (1969, avec à la clé une nomination à l'Oscar du Scénario et de la photo), et Le genou de Claire (1970, Prix Louis-Delluc) sont particulièrement remarqués. "Auteur" français par excellence, il écrit seul les scénarios de ses films, même s'il s'essaie parfois à l'adaptation littéraire (La marquise d’O , en allemand, Grand Prix du Jury à Cannes en 1976), ou encore la célèbre adaptation de Perceval le Gallois en 1976, véritable film expérience entièrement tourné en studio même en ce qui concerne les décors extérieurs fabriqué en carton pate.

 

Plutôt qu'avant-gardiste, Rohmer est un moderne qui refuse de jeter les classiques.

La Vague a beau sembler aussi nouvelle qu'excitante, c'est sur l'océan culturel du passé qu'il préfère prendre le large. Aussi, par le cinéma, cet ancien professeur de lettres fera office de sage.

Dès 1962, sa série de 'Contes moraux' (parmi lesquels Ma nuit chez Maud ou L’amour l’après Midi) se place ouvertement dans la lignée des moralistes français du XVIIe siècle, dont il partage l'esthétique de la simplicité et le refus du clinquant. Durant toute sa carrière cinématographique il organisera et filmera ses films selon des cycles. Aux Contes moraux succède une autre collection, les Comédies proverbes  qui couvrent les années 80.

On peut citer parmi les œuvres de cette série Pauline a la plage (1982), Les nuits de la pleine lune (1984) ou Le rayon vert (1986), film en grande partie improvisé qui obtient le Lion d'Or à Venise (Rohmer recevra cette même distinction pour l'ensemble de sa carrière en 2001).

La décennie suivante est marquée par les Contes des quatre saisons, dans lesquels le cinéaste poursuit son exploration des jeux de l'amour et du hasard.

Seulement, sa maîtrise des récits et des formes classiques ne doit pas masquer l'ironie, la légèreté et l'ambiguïté que Rohmer y distille en permanence, refusant toute posture héroïque dans une opposition qu'il juge naïve, entre modernisme et héritage du passé. Les préoccupations du cinéaste, son étude aiguë de l'instabilité des passions humaines, visent au-delà de ce débat

S'il choisit souvent des jeunes comédiens inconnus, il lui arrive de faire appel à des acteurs confirmés, comme Jean-Louis Trintignant (Ma nuit chez Maud), André Dussollier (Le Beau Mariage) ou Melvil Poupaud (Conte d'été).

c'est dans ses films que furent révélés Arielle Dombasle, Pascal Greggory et Fabrice Luchini, acteurs fétiches du cinéaste devenus des valeurs sûres du cinéma français.

Discret, voire secret, a plus de 80 ans, il continuait son parcours singulier en signant coup sur coup trois films d'époque très audacieux : L'Anglaise et le Duc (2001,), qui se déroule pendant la Révolution Française (tourné en vidéo numérique), le film d'espionnage Triple agent (2004), et Les Amours d'Astrée et de Céladon, adaptation du roman pastoral d'Honoré d'Urfé.

Au fond, Eric Rohmer, c'est ainsi une invitation à se laisser prendre par le rythme objectif de ce que la caméra enregistre. D'où l'absence totale d'accompagnement musical, une contemplation brute et directe du monde.

Un des derniers représentants du classicisme formel s’en est donc allé, laissant derrière lui une filmographie riche et complexe.

Eric Rohmer s’en est donc allé comme il a vécut, discrètement.

 

Par Etienne - Publié dans : L'édito
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