Vers une définition du navet
Ce mois-ci : Splendeurs et miséres du navet
technique
Lorsqu’un film vous ennuie, au point que vous vous attachiez à regarder les points de détails de sa construction,
vous trouverez souvent là une bonne raison de le détester, pour le fait qu’il soit mal construit.
Les fautes de facture d’un film concernent tout ce qui est la prise d’image, le son, les décors et les costumes.
Les erreurs de montage sont l’apanage des navets. Toutes ces coquilles ou ces bévues, indépendamment de l’intention du réalisateur, peuvent rendre mauvais un film acceptable. C’est la définition
du navet technique.
Passons sur ces plans coupés où l’on ne voit que le dos, sans la tête, ni les jambes d’un personnage ou les
hypothétiques cadrages qui ne vous laissent apercevoir que des images floues aux contours indécis en arrière-plan. Oublions ces travellings qui n’arrivent pas à rattraper les acteurs dans leur jeu ou dans leur course d’action. Que dire encore de ces images qui brutalement passent de la couleur en noir et blanc, sans l’artifice
d’une fondue enchaînée. Vous vous délecterez sans doute en voyant deux plans sur la même image, avec deux pellicules de grain différent.
Nous éviterons de vous parler de ce son, ou inaudible ou soudain tonitruant qui fait pleurer tous les
projectionnistes. Évoquons encore toutes ces musiques mal choisies qui détruisent l’atmosphère d’une œuvre ou qui dénature l’action d’un personnage, au point de transformer un drame Shakespearien
en une comédie Bollywoodienne.
Ne nous attardons pas sur ces décors en images de synthèses, plus fausse que nature, qui grâce à une
pixellisation mal maîtrisée, ils rendent au carton-pâte d’antan un brevet d’authenticité qui ferait pâlir d’envie un décor naturel. Mais rassurez vous, vous ne verrez plus des portes avions
faisant irruption dans la préhistoire, juste seulement des soucoupes volantes.
Nous apprécierons à leur juste valeur, ces costumes hétéroclites oscillant entre dix époques de l’Histoire, avec
des mises approximatives où l’on voit des cow-boys trop bien rasés et des foules médiévales trop sales sur elles.
Si bien souvent, la documentation reste imprécise, l’intention du réalisateur et la concordance des budgets ne
coïncident pas. Si bien que beaucoup de caractéristiques techniques dans une œuvre sont bâclées ou sont bouclées avec des bouts de ficelles pour l’ensemble des décors, ou des bouts de chandelles
pour l’image.
Mais l’inexcusable reste encore à venir ; c’est-à-dire l’option du montage mal fait. Pour des scènes qui
s’enchaînent sans liens apparents, pour des époques et des temps de l’action qui s’entrecroisent dans une chronologie approximative, dans des rebours anarchiques, nous tannerons le réalisateur.
Mais que dire encore des scènes coupées pour des raisons de « timing’ , qui font que l’intrigue tourne court, ou que le scénario ressemble à un non-sens. Bien souvent le réalisateur ne
maîtrise pas son sujet et se retrouve avec des bouts de pellicules, qu’il ne sait comment assembler.
LES SOLDES DE L’AUTOMNE : Ces zéros qui nous ennuient !
Mon espion
préféré
De George Gallo
Avec Antonio Banderas, Meg Ryan et Colin Hanks
Genre cinématographique : comédie alimentaire à la sauce
américaine.
Où l’on revient gaillardement, avec cette œuvre, sur les poncifs pudibonds et aseptisés de
la comédie américaine, en comparaison de laquelle, les films de W.C. Fields sont des chef-d’œuvres de l’humour trash.
Les thèmes revisités dans ce film sont nombreux, ils sont galvaudés dans un humour sans
saveur, lisse et expédié :
- L’Amérique qui mange !. Il ne se passe pas une action ou une scène sans que,
au moins un des protagoniste de l’histoire ne mastique, ou des chips, ou des cacahuètes, ou une quelconque nourriture exotique plus ou moins avouable. Pour comble de malheur, mon voisin de
fauteuil n’a pas eu de cesse de grignoter tout au long de la projection. J’ai donc bénéficié d’un bruit de mandibules en
stéréophonie.
- L’Amérique boit, tout et n’importe quoi, à n’importe quelle occasion et à toute
heure !. Avec un contenant à la main à chaque scène, les acteurs m’ont fait revivre les heures de gloire de la série « Dallas ». Sauf que !, dans ce film, la cigarette y est
bannie ; le politiquement correct est respecté. L’Amérique ne fume plus.
- L’Amérique et ses espions : le classicisme en humour est de rigueur, avec des
agents du F.B.I tantôt benêts et prudes, tantôt gaffeurs et maladroits. Toute la gamme de la parodie des planques et des surveillances est à l’écran, avec en prime, le mythe du suspect
imaginaire. Nous avons droit à l’agent de la C.I.A retord et séducteur, qui est censé tirer toutes les ficelles. Enfin, pour compléter le tableau, nous avons les inévitables cambrioleurs de haut
vol, affublés de leur attirail de circonstance de haute technologie. Comme d’habitude, vous avez droit au méchant français avec sa sale gueule habituelle. Les poncifs ont la vie dure même s’ils
appartiennent au registre de la dérision.
- L’Amérique et son mythe de la femme éternellement belle, qui passe son temps à faire
l’amour et à s’éclater avec le premier venu, qu’il soit « Latin Lover » ou un étudiant boutonneux.
Pour le reste, l’intrigue tient en une phrase : un agent du F.B.I est chargé de
surveiller sa mère qui est soupçonnée de fricoter avec un cambrioleur d’œuvre d’art. De la pauvreté de l’histoire, on ne pouvait supposer une comédie élaborée, avec un humour solide. Ici le
réalisateur fait œuvre d’une parodie facile et convenue de certains mythes de l’Amérique.
Pour ce qui est des acteurs, leur jeu s’apparente à une prestation à minima, tournant
volontiers en dérision leurs rôles du passé. Antonio Banderas est toujours l’éternel séducteur avec un pistolet dans chaque main et Meg Ryan joue toujours la femme Américaine
délirante.
L’ennui général que dégage cette œuvre est renforcé par une musique
quasi omniprésente, qui laisse le sentiment que le réalisateur a tenté vainement d’atténuer la fadeur de son film.
Bouquet
final
De Michel Delgado
Avec Didier Bourdon, Bérénice Béjo et Marc-André Grondin
Genre cinématographique : comédie d’enterrement.
Peut-on rire de tout et de n’importe qui ?. Oui !. Mais pas n’importe comment, dirai-je en paraphrasant
Pierre Desproges.
Ce film est un véritable sinistre, avouerait mon assureur chargé de ma convention obsèques.
- En premier lieu pour les dialogues qui tiennent lieu de scénario. Les jeux de mots sur la profession de
croque-morts y sont légions et semblent rythmer toutes les scènes du film. À croire que toute l’œuvre a été bâtie autour de ces jeux de mots. Que dire de ces derniers, si ce n’est qu’ils ont la
lourdeur d’un cercueil rempli de poncifs sur lequel on y aurait dressé la couronne mortuaire de l’humour.
De cette lamentable palinodie sur le milieu des pompes funèbres, il ne manquait que les pleureuses. Las !,
trois fois Hélas, elles étaient dans la salle et regardaient le film. Outre le fait que le réalisateur peine à nous arracher un sourire pour un comique de situation convenu et rebattu, il ne nous
distrait guère en greffant sur son œuvre une ossature d’un vaudeville des plus ordinaires. L’histoire est grotesque : un apprenti croque-mort maladroit, chaperonné par un mentor dépressif et
suicidaire, essaye de cacher son inavouable profession à sa dulcinée, pour le fait qu’il aurait escroqué un parent de la belle lors d’un décès. Mais ici l’intrigue ne sert de prétexte que pour
une suite de gags éculés sensés nous faire rire.
Le jeu des acteurs n’aide en rien cette œuvre dans sa finalité comique. Les rôles de composition sont laborieux.
Didier Bourdon est souvent en de ça ou au-delà de son rôle, en nous donnant une impression de comique forcé. Marc André Grondin finit très vite par être lassant dans son rôle de jeune premier
éternellement niais, confronté au sujet des obsèques à travers toutes les catégories sociales. Gérard Depardieu continu à jouer les retraités, avec un manque de conviction manifeste. Dans son
rôle de papa-gateaux, il nous donne l’impression d’être totalement lisse. Bérénice Béjo est la seule à tirer son épingle du jeu en jouant au naturel le seul personnage empreint de maturité, sans
pour cela déroger du registre de la comédie.
Pour couronner le tout, le réalisateur vous sert une musique qui n’est pas toujours bien choisie et qui ressemble
à un flocage, pour agrémenter une comédie bien terne.