C’est à croire que les bonnes résolutions de début d’année ont cette fois-ci dérogées à la légende et ont été tenues. En effet, après les nombreux abus et festivités inhérente à cette période propice à la joie, il était normal de redouter une baisse de régime de la part de notre bien-aimée presse spécialisée, soignant ainsi sa gueule de bois hivernale pour revenir plus en forme que jamais en février. Que nenni mes amis, puisqu’il faut me faut avouer que ce fut un réel bonheur de retrouver des magazines tous plus en forme que jamais, donnant chacun le meilleur pour se surpasser et faire de ce mois souvent moribond une fête de tous les instants. Parmi les élus de janvier, nous trouvons donc Positif, qui gravi un nouvel échelon dans l’excellence, Brazil, qui s’affirme de plus en plus comme le petit-frère voyou et boulimique de Positif et enfin et surtout, le magazine Première qui a lui aussi tout donner dans un double numéro décembre-janvier, qui c’est véritablement surpassé pour aller puiser au plus profond de ses ressources de médiocrité afin de nous délivrer le magazine le plus pourri du monde. Pari réussi, bravo les gars.
Mais là où Première fait encore plus fort, c’est qu’il ne se contente pas seulement de ses ressources minables, il va aussi chercher ailleurs et embrigade d’innocentes victimes dans ses infâmes méfaits. En effet, écrivain reconnu pour sa cinéphilie, l’américain Douglas Kennedy (écrivain le plus lu en France parmi ceux originaires du pays des burgers et de l’Oncle Sam) fut alpaguer par le magazine pour que celui-ci leur fournisse un bilan de l’année 2009. Si ce dernier offre une rétrospective de l’année écoulé bien écrite et assez intéressante, elle reste tout de même dans la veine Première puisque parfaitement convenue et sans une once d’originalité. Enfin bon, même s’il s’agit d’un magnifique désaveu de la par de tous les non-journalistes de ce magazine (ils sont obliger d’appeler un écrivain à la rescousse pour écrire un article d’une page et demi), le magazine, conscient des attentes de son public, à bien pris soin de nous mettre l’écrivain américain en gros sur une page, histoire de faire respirer un lecteur qui suffoquerait à l’idée de devoir parcourir toutes ses lettres associées ensemble. Heureusement, ce bilan littéraire est noyé dans un flot de tableaux, de classements et de photos qui constituent la vingtaine de pages du bilan 2009, le vrai bilan à la mode Première. Fait remarquable, un tableau présentant le box-office annuel et ce qu’en à penser la critique, sauf que la critique est ici exclusivement constituer de quotidiens généralistes. Si cette critique est évidemment la plus lue et est écrite pour le coup par de vrais journalistes, elle n’en demeure pas moins la plus minimaliste car relégué au trouzième plan au milieu de toutes les autres informations contenues dans ces quotidiens. Première affiche donc encore une fois sa qualité de rebus absolu, sorte d’énorme ramassis de bribes de critiques dans un magazine sensé être exclusivement consacré au cinéma. Le fait de nous présenter les douze films du premier semestre 2010 en photo double page et mini texte ne fait que renforcer cette vacuité. Seul bon point à souligner, l’importance du cahier critique puisque malgré un double numéro décembre-janvier, le magazine a vu tous les films, même s’il n’en a aimé aucun, propulsant ainsi par défaut Bright Star au rang de film du mois.
Si ce dernier est effectivement le film du mois pour l’ensemble de la presse spécialisée, il ne l’est en revanche pas par défaut et en particulier pour les gens de Postif, le film permettant au magazine d’offrir une de ces plus belles couvertures. Le contenu est évidemment comme toujours au rendez-vous, notamment grâce à des entretiens plus qu’intéressants avec Clint Eastwood, les frères Coen et Jane Campion, une rétrospective Gordon Douglas, un article de fond sur la violence dans le cinéma américain (article qui met en exergue différents thèmes communs à cinq films qui sont No Country For Old Men des frères Coen, There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson, Public Enemies de Michael Mann, Au bout de la nuit de David Ayer et La nuit nous appartient de James Gray) et enfin un dossier sur le cirque au cinéma, dossier ultra complet puisqu’allant de Chaplin à Etaix en passant par Jerry Lewis et son film inédit, The Day The Clown Cried. Mais plus que tout ceci qui est déjà énorme, l’article du mois de janvier revient à Michel Ciment et son édito tout simplement dantesque sur les différent fléaux de la critique cinématographique, fléaux que sont l’élitisme bourgeois et nauséeux des Cahiers du Cinéma mais surtout le populisme à outrance (et oui Première, on parle de vous). Un numéro rempli et qui fait plaisir, mais à la guerre du contenu, c’est cette fois-ci Brazil qui remporte la palme.
En effet, les journalistes de ce denier ont tout simplement vu tous les films du mois de janvier, ont décortiqué toutes les sorties DVD et interviewer pas moins d’une quinzaine de personnalités qui font l’actualité du cinéma ce mois-ci. Parmi eux, on notera notamment un entretien fleuve avec le maitre Coppola ainsi que des interviews intéressantes avec Alden Ehrenreich et Linh-Dan Pham. On retrouve également le classique, mais néanmoins négligé par le reste de la presse, compte-rendu des festivals ainsi qu’un dossier de fort belle facture (20 pages) sur Hayao Miyazaki.
Enfin, puisqu’il est désormais temps de conclure, je me dois de revenir à Première et son double numéro doublement vide. Sans vous faire étalage de toutes les autres inutilités présentes dans l’édition de ce mois-ci (et pourtant Dieu sait si elles sont nombreuses), je me dois de vous conseiller un petit moment de grâce, à savoir le courrier des lecteurs, puisque ce dernier semble nous informer d’un divorce consommé entre les lecteurs et le magazine. En fait, une internaute attentive a remarqué une des nombreuses bévues du magazine et s’est fait le devoir de leur en faire part. La réponse de Première est tout bonnement magique, au croisement de la mauvaise foi, de l’aveu de faiblesse et de l’éclair de lucidité. C’est tout pour ce mois-ci, rendez-vous en février.
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