Les mois se suivent sans se ressembler. Après un mois de janvier quasiment sans intérêt, les rayonnages de vos vendeurs préférés vont soudainement se regarnir aussi bien en quantité qu’en qualité pour notre plus grand plaisir. C’est aussi malheureusement le plus mauvais moment pour enchainer les sorties, puisque si vous êtes comme moi, vous avez déjà fait exploser le budget galette le mois dernier non pas à cause des sorties mais plutôt des soldes plus ou moins avantageuses organisées chez les différents revendeurs. Ma DVDthèque a ainsi facilement augmenté d’environ 33 % sans que je m’en rende compte, sorte de monstre grossissant à l’abri des regards indiscrets, monstre dont la prise de volume est à peu près proportionnelle à la diminution des ressources du porte-monnaie. En bref, tous vos magasins préférés vont se transformer sous peu en véritable supplice de Tantale pour cinéphile. Voyons pourquoi.
On commence avec les films français qui font l’évènement ce mois-ci, et rien que là nous avons déjà droit à du très très lourd puisque sort par exemple le plus gros succès français de 2009. Fort de ses 5 millions et demi d’entrées dans l’hexagone synonyme de quatrième place au box-office annuel en France derrière le trio Avatar, L’âge de glace 3 et Harry Potter 6, Le petit Nicolas a tout d’un grand et en particulier l’édition DVD qui va avec. En effet, en plus de l’édition 2 DVD de base et de l’édition Blu-ray + DVD, les toujours excellents petits de gars de chez Wild Side ont pris le soin d’ajouter une édition collector intitulée « La boîte à trésors » et renfermant en plus des deux DVD de l’édition normale un livre du petit Nicolas contenant les histoires qui ont inspiré Laurent Tirard, le CD de la bande originale et 9 cartes postales dessinées par Sempé. Une édition indispensable pour les fans mais surtout des éditions plutôt excellentes pour un film qui n’en méritait pas tant. On passe maintenant à un film qui méritait sans doute mieux, à savoir Bancs publics (Versailles rive droite), dernier film de la brillante trilogie versaillaise de Bruno Podalydès après Versailles rive gauche et Dieu seul me voit. La comédie à la française dans tout ce qu’elle a de meilleur et de raffiné, dans une édition simple sans bonus, c’est aussi ça l’exception culturelle au pays de Molière et Rimbaud. Si UGC Vidéo est ainsi capable du pire, il est surtout incapable du meilleur. Néanmoins, il ne commet tout de même pas l’irréparable et accorde au film français de l’année une sortie en multi-édition. Vous pourrez donc dans tout pile une semaine faire votre choix entre le Blu-ray et les deux éditions DVD d’Un prophète, choix que vous ferez rapidement tant l’édition simple est un exemple parfait de vol caractérisé. On préférera donc l’édition collector et le Blu-ray dont les bonus corrects parviennent avec difficulté à faire passer la pilule. Dans un tout autre genre et une toute autre classe (pas le film, l’éditeur), nous trouvons les gens sympathiques de chez Studio Canal qui ce mois-ci sont juste de véritables héros, de vrais surhommes tant ils combinent quantité et qualité. On commence avec cette dernière, exprimée de la plus belle des manières dans la sortie Blu-ray de deux chefs d’œuvre de Jean-Luc Godard, A bout de souffle et Pierrot le fou. Les deux films arrivent ainsi dans des éditions capables de faire sauter le pas à tout ceux qui jusqu’à présent refuse de passer au format HD (et sans doute avec raison). C’est beau et chaque disque bleu est rempli comme il faut jusqu’à nous faire rougir de plaisir. Mais là où l’éditeur français fait très fort et nous montre qu’un catalogue de films, qu’il soit fourni ou non, cela se respecte, c’est avec les rééditions de la collection Classics.
Le 23 février 2010 est une date à marquer d’une pierre blanche puisqu’elle marquera l’arrivée d’une déferlante, d’un tsunami de vieux classiques à prix tout à fait raisonnable. En effet, pour la modique somme de 10 €, vous pourrez faire l’acquisition de films oubliés du grand public mais pas des cinéphiles. C’est parti pour une liste exhaustive de ce qui vous attend dans moins de 15 jours. On attaque avec Le caporal épinglé de Jean Renoir avec Jean-Pierre Cassel, Claude Brasseur et Claude Rich, Cotton Club de Coppola, Le crépuscule des dieux de Luchino Visconti avec Romy Schneider, Fort Saganne d’Alain Corneau, Hamlet de Franco Zeffirelli et Le procès d’Orson Welles. On poursuit avec une deuxième lame un peu moins fabuleuse composée de deux adaptations d’Agatha Christie par Guy Hamilton, Meurtre au soleil et Le miroir se brisa, d’un Sherlock Holmes sous les traits de Christopher Plummer dans Meurtre par décret, de The Servant de Joseph Losey et de Porté disparu et Music Box de Costa-Gavras. Enfin, le coup de grâce, en particulier pour les fans du genre fantastique avec les rééditions des origines des Universal Monsters, à savoir le Frankenstein et L’homme invisible de James Whale, Le loup-garou de George Waggner, La momie de Karl Freund et le Dracula de Tod Browning. Les adeptes de Bela Lugosi et Boris Karloff sont donc prévenus.
Passons maintenant aux sorties internationales avec là encore vous aurez de quoi vous faire volontairement dépouiller en achetant des films qui à l’inverse possèdent une esthétique très éloignée du dépouillement, de l’austérité visuelle. Par exemple, si le dernier film de Kathryn Bigelow, Démineurs, est annoncé pour le 24 février dans des éditions Blu-ray et DVD minimalistes, le rayon des films de guerre s’est déjà vu agrémenter d’une galette aussi voir bien plus alléchante à mon sens, à savoir la sortie tant attendue de Battle For Haditha de Nick Broomfield deux ans après sa sortie ciné et presque deux ans et demi après la très forte impression qu’il provoqua aux festivaliers présents lors de sa présentation à Pessac en 2007. Pour les amoureux de la haute définition, ils pourront passer de la violence ordinaire d’une guerre à l’extraordinaire violence du quotidien puisque Fight Club ressort en Blu-ray dans une édition un peu moins collector que celle sortie il y a deux mois et demi. Oups, je viens d’enfreindre les deux règles du Fight Club. Tant pis, si l’on retrouve mon cadavre roué de coups dans une ruelle sombre des Capu, je sais qu’il y aura toujours des gens pour découvrir qui se cachait derrière le masque de l’écailleur équarrisseur, en l’occurrence le châtelain du coin. Pour ceux qui n’auraient pas compris un traitre mot de ce que je viens de dire, je ne faisais qu’annoncer de manière détourner le retour de la Mystery Machine et du Scooby-Gang, puisqu’à l’occasion de la sortie du troisième opus en direct-to-DVD sort également un coffret regroupant la trilogie dans son intégralité. Vous pourrez ainsi retrouver les minables tribulations de nos amis tout en vous goinfrant de Scooby Snacks. Toujours pour les grands enfants, on notera la sortie d’une édition spéciale 70ème anniversaire du grand classique de Walt Disney Dumbo ainsi que de Mary et Max, tout en soulignant que ce dernier s’adresse bien plus aux adultes qu’à nos chères têtes blondes malgré une apparence enfantine. Enfin, pour les fans de Steven Soderbergh, ils peuvent revendre leur vieux DVD de Sexe, mensonges et vidéo, le film ressortant en édition deluxe (mais bon, toujours en édition simple, il ne faut pas rêver non plus).
Il est désormais temps de conclure, et comme vous avez put le remarquer, le mois de février restera dans les annales des DVDphages. D’autant plus avec le fait que quand il n’y en a plus, il y en a encore. Vous me connaissez, je ne vous aurez jamais laissé errer dans les rayonnages sans vous conseiller un petit direct-to-DVD de derrière les fagots. Et à mois exceptionnel, direct-to-DVD exceptionnel, puisqu’après une sortie estivale annulée, Lesbian Vampire Killers est enfin parvenu jusqu’à nous pour le plus grand plaisir de votre serviteur. On sort les haches, les flingues, l’eau bénite, le sex toy (euh pardon, le crucifix) et on se retrouve le mois prochain.
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